SERBIE
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Les cauchemars
du XXème siècle

Les bombardements de l'OTAN sur la Serbie et l'explosion des guerres ethniques dans les Balkans font réémerger à nouveau les plus inquiétants des fantômes de l'histoire de ce siècle.

Des interrogations angoissantes nous traversent au cours des discussions et des réflexions sur ces événements : signe qu'il y a quelque chose de profond et de viscéral dans ce qui est en train de se passer, et qui perturbe la totalité de notre être social, l'imaginaire, le langage et la conscience collective.

En cette fin de siècle, on a l'impression de revenir à ses début, avec l'explosion des nationalismes, des guerres, et y compris avec l'interventionnisme de gauche. La fin de cette histoire semble se reproduire de façon continue, à l'infini, comme un tragique jeu de miroirs des plus horribles éléments qui l'ont constitué : les nationalismes, les fascismes, les fanatismes, le racisme, la xénophobie, l'épuration ethnique, les camps de concentration, la solution finale, les fosses communes. Nous sommes en train de parler de l'Europe de l'An 2000.

La dignité, la justice et les plus élémentaires idéaux d'émancipation disparaissent de l'horizon comme balayés par le vertige de la faillite du communisme réel.

La crise de la modernité
et ses fondements

Il est toujours plus nécessaire et incontournable d'en revenir à la racine des problèmes ; de se poser sur le terrain de la radicalité non seulement dans l'action politique, mais aussi dans la pensée et la réflexion. Pourquoi assistons-nous, le plus souvent anéantis et impuissants, à cet éternel retour du même ? Pourquoi au seuil critique d'un possible nouveau départ, qui tourne définitivement le dos à l'histoire de ce siècle, y a-t-il toujours quelque chose qui provoque une déflagration, qui impose un retour en arrière dans les profondeurs du passé ? Pourquoi cette continuité d'un passé qui ne passe pas, avec ses symboles, ses idéologies, son imaginaire ?

Que signifie refonder ? N'est-ce pas l'essence même de ce concept, la racine de cette continuelle répétition des mêmes événements, la négation de chaque innovation, rupture ou discontinuité ? Tout le monde veut re-fonder : la grande Serbie, la grande Albanie, le fascisme, le communisme... sic !!!

L'ombre des générations passées pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants disait il n'y a pas si longtemps un Marx très shakespearien.

Nous n'avons pas de réponse, même s'il est nécessaire de creuser en profondeur ! La crise ...........

réside justement sur cette ligne... au-delà de laquelle il y a, peut-être, la possibilité d'un nouveau monde, plus libre et plus juste ; en-deça de laquelle il y a très certainement l'approfondissement de la barbarie.

Certes, on dira : les nouveaux ethno-nationalismes sont un produit moderne, issus des processus de globalisation, etc. C'est certainement vrai, mais ceci n'empêche pas qu'il existe un fond obscur dans l'histoire de la modernité, dans la psychologie des hommes et des masses, que nulle révolution venue d'en haut, nulle utopie illuminée, nul concept abstrait d'un homme nouveau n'a jamais réussi à dépasser.

N'est-il pas vrai que la Modernité, avec ses principes universalistes, affirmés par les grandes révolutions, risque de s'effondrer sous le poids de ses propres fondements ?

Le jeu des interprétations

Nous pourrions discuter à l'infini sur les causes de cette guerre et sur le scénario dévastateur dans lequel elle se développe... Interprétations, analyses, points de vue... Nous nous contenterons de souligner certaines problématiques :

1. Il n'est plus possible d'interpréter ces événements, ce drame avec la terreur qui s'abat sur ces territoires pour des milliers d'hommes et de femmes, avec les paramètres classiques de l'agression impérialiste. L'impérialisme a été une phase de développement et de la domination capitaliste liée à l'existence des États-Nations, au moment de leur pleine puissance et expression. Le processus impérialiste lui-même, tel qu'il existait, n'aurait pas pu se développer sans bases "nationales", sans la croissance et la consolidation des États-nations. Ce sont les deux faces de la même médaille, indissolublement liées l'une à l'autre. Il est évident que dans le cadre des nouveaux processus de globalisation et de la crise irréversible des États-Nations, même la figure classique de l'impérialisme cesse d'exister et n'a plus de fonction explicative.

2. Il ne s'agit pas non plus, c'est évident, d'une guerre pour la conquête de l'hégémonie sur une partie ou une région du globe, comme cela se passait dans le vieux monde bipolaire, puisque ce scénario a depuis longtemps disparu de l'horizon de l'histoire.

Mais alors ? Quelques clés de lecture...

Impérialisme et empire :
un changement de paradigme

Si le monde est unique, si dans ces processus de globalisation se redéfinit complètement le vieux scénario qui se jouait autour des États-Nations et du bipolarisme, cela veut dire aussi que les concepts d'Empire et de Guerre se transforment complètement.

En lieu et place de ce vieil impérialisme, se substitue aujourd'hui un empire mondial unique, avec un centre de commandement capable d'imposer sa puissance militaire sur tout le reste (avec évidemment au niveau politique et économique plusieurs centres). Si l'on s'amuse avec l'histoire (c'est parfois permis), on peut un peu le comparer à la Rome impériale, tout au moins dans une certaine phase de son développement.

Ce qui un temps était conçu comme Guerre, menée vers l'extérieur, hors des ses propres frontières et limites territoriales, pour conquérir de nouveaux marchés, soumettre et asservir la force de travail, et exercer une domination politico-militaire-financière, apparaît ou doit apparaître, dans ce monde unique à commandement unifié, comme une guerre interne, comme opération de police et de pacification.

Mais alors l'ennemi lui-même devient interne. L'ennemi intérieur, comme cela a été souligné par plusieurs écoles de la théorie politique, est l'ennemi public contre lequel les règles du droit ne sont plus valables, qu'elles soient nationales ou internationales, parce que les présupposés sur lesquels ce droit est fondé ont volé en éclat. L'ennemi public est l'ennemi absolu, ennemi de la collectivité et de la communauté humaine, de la paix et de la sécurité collective.

Pour le combattre, tous les moyens sont permis et il est légitime d'agir dans un état d'exception permanente. Est souverain justement celui qui décide de cet état d'exception au delà des normes, des règles, et du droit ! Même si d'un certain point de vue, les appels au respect du droit international, sonnent comme des phrases vides de sens et impuissantes.

La guerre sociale
et l'ennemi intérieur

En suivant le fil de ce raisonnement, la guerre n'est plus la continuation de la politique par d'autres moyens, selon la célèbre et classique définition, ni même un affrontement entre deux positionnements bien définis. Elle est, pour ainsi dire, intériorisée dans les rapports sociaux ; elle assume une forme diffuse et moléculaire, presque sur le modèle foucaldien d'une microphysique du pouvoir... elle revêt la figure de l'inimitié absolue, de la haine et de l'hostilité envers tout ce qui est autre, divers, étranger...

Son identité propre s'affirme non comme puissance et développement libre, solidarité et coopération, mais dans la confrontation avec l'ennemi.

Cet être contre total et absolu, est l'expression du nihilisme qui ravage notre époque : un sens du vide, de la destruction et de la mort, le crépuscule de chaque valeur et éthique, un Thermidor fait de décadence et de réaction, l'absence d'une projectualité nouvelle, d'une volonté de changement, de transformation du présent, d'un nouveau commencement, pour un futur plus digne d'être vécu.

C'est ce fil unique qui lie des phénomènes apparemment divers, pour le moins du point de vue sociologique : des ultras des stades, aux nazi-skins, à ceux qui dans les métropoles font de la casse et de l'embrouille une unique raison de vivre, en passant par les fondamentalismes de tout genre... une identité qui s'affirme toujours contre, et jamais pour un projet de vie nouvelle, plus pleine et libre.

Il n'y a aucun doute que c'est là le scénario social, dévasté physiquement et mentalement, au sein duquel se développent et s'alimentent la renaissance des nationalismes, des fascismes, des nouveaux tribalismes, dans le cœur de la vieille Europe (de ce point de vue, le livre d'Elias Canetti, Masses et pouvoir est intéressant sur le concept de mutation anthropologique, ou encore les études sur la psychologie des foules).

Entre local et global :
les courts-circuits de l'histoire

Les néo-nationalismes (qui se développent paradoxalement, non pas par hasard, justement dans les phases de décadence maximum et de crise irréversible des États-Nations), sont donc une ré-action aux processus modernes de globalisation, et plus précisément à la perte des racines et de l'identité.

Les mythes de la Race, de la Terre et de la Mort, du Sol et du Sang, le replis localiste et identitaire, physique et mental, le fondamentalisme, la xénophobie, les chocs ethniques et religieux sont de retour... la Raison illuminée, fière de ses valeurs universalistes et de ses mythes de progrès de la science, semble sombrer...

Aujourd'hui, le lepénisme, avec sa mixture de localisme et de nationalisme, de racisme différencialiste et d'attaque contre le mondialisme, est la véritable forme du nouveau fascisme européen.

Est-il si surprenant alors que le sécessionniste Bossi (NdT : chef de la Ligue du Nord) soit allié aux néo-fascismes ultranationalistes de Forza Nuova dans la campagne contre les immigrés ? Et que l'un comme l'autre soient du côté du nationalisme serbe ultracentraliste, auquel les fascistes de toute l'Europe, et pas seulement les Italiens, voudraient prêter main forte pour massacrer les Kosovars ? Et que même l'aire des communistes refondateurs, authentiques, d'appellation contrôlée, soient plus ou moins ouvertement alignée sur la Serbie, considérée comme l'ultime rempart du socialisme en Europe ?

Un lien existe sûrement : qu'il s'agisse de la fermeture localiste et identitaire, de la défense fondamentaliste des origines et des racines, l'angoisse de refonder ce qui n'est plus, le culte de la Grande Patrie ou des petites patries, l'imaginaire, les symboles et les langages se confondent et se mélangent en cette fin de siècle.

Contre
le "commandement impérial"
et non contre les "Américains"

Pour cet ensemble de raisons, justement, il faut éviter de tomber dans le piège de l'anti-américanisme superficiel, générique et national-populaire. La droite léguiste et néo-nazie (dans le plus pur style du national-socialisme et du populiste fascistoïde) est contre la société américaine comme symbole de la globalisation et de la mondialisation, d'un complot judéo-massonico-capitaliste du métissage et du mélange de races et de couleurs.

Nous, nous sommes contre le commandement impérial, qui doit être combattu par tous les moyens possibles, et contre aussi un modèle déterminé de globalisation néolibérale, qui augmente la souffrance, la barbarie, la misère pour la majorité de l'humanité... mais non contre la globalisation en tant que telle !

Justement, parce que nous sommes des matérialistes et pas des idéalistes prisonniers de l'idéologie, nous devons savoir saisir les potentialités positives des processus en acte, même s'il faut en renverser le sens (en serons nous capables ? ce n'est pas toujours la faute des autres si l'histoire devient ce qu'elle est, ni même celle du souverain, le peuple n'est pas toujours bon mais corrompu par le pouvoir, et jusqu'à quel point avons nous effectivement la volonté de nous rebeller contre l'ordre des choses, en nous mettant en jeu, en prenant des risques ?).

Un fait est certains : pour la première fois dans l'histoire, la construction d'une communauté humaine universelle et cosmopolite est rendue possible où les hommes et les femmes de toutes races pourraient vivre ensemble, dans la paix et le bien-être. Une nouvelle Cité du soleil, une nouvelle utopie, pourtant si concrète et si proche, même si difficile à se faire comme disait Bertold Brecht.

Mais les embryons de la société future, même entre milles contradictions, injustices et inégalités ne sont-ils pas aussi déjà dans les niveaux les plus élevés du développement capitaliste, dans l'abondance et la richesse, dans le développement du savoir et de l'intelligence sociale, comme nous l'enseignait le vieux Marx ? Ne réussissons-nous pas à les apercevoir dans les plis de la société américaine ? Marx habite à New-York !

À moins que nous ne préférions le socialisme de caserne, gris et uniforme, les tenues toutes identiques, l'égalitarisme de la misère et de la pauvreté ? Et non celui de la puissance, du développement et de la coopération, du libre développement de chacun comme condition du libre développement de tous, et vice versa ?

Le retour du concept
de "guerre juste"

Un commentateur politique a souligné que cette guerre semblait quasiment être celle des soixante-huitards, des pacifistes de gauche, nourris au culte de la non-violence... Celle qui fut si souvent élevé comme l'élément de différenciation fondamental, contre la gauche révolutionnaire, contre les différentes expressions de la guérilla, de la luttes armées et des luttes de libération... Clinton, Blair, D'Alema... mais aussi Panella, Bonino (NdT : politiciens issus de l'extrême-gauche), etc. ; étranges paradoxes et retournements de l'histoire. Et ce sont justement eux, au sein de gouvernements sociaux-démocrates, rouges-verts, de gauche, qui imposent à nouveau le concept de guerre juste, déformant jusqu'au sens noble et profond de l'ingérence humanitaire. Celle-ci est tout autre chose que l'utilisation de bombes, c'est l'investissement civil, la coopération, la solidarité et la construction de nouveaux rapports sociaux.

Le concept de guerre juste a quelque chose, dans ce contexte, de terrible et malsain : au moins le vieux Kissinger avait un sens réaliste de la guerre, de son utilisation et de ses conséquences. Ici non : on lui attribue une mission universelle et éthique, une valeur quasi-métaphysique, la punition qui vient du ciel, la lutte du bien contre le mal absolu... peu importe ce qui se passe en dessous, dans la boue et la terre, les piles de cadavres horriblement mutilés, les corps défigurés, les pauvres gens massacrés... Le tout dans l'anonymat, tout juste saisi par quelques photos, flashs, photogrammes...

Des vies gâchées, cassées, des existences marquées par l'empreinte de la terreur... Maudits bâtards, c'est ça la guerre juste ? Et cette violence propre, qui vient du ciel, aseptisée, sans odeur ni sang, comme dans un jeu vidéo, vous suffit-elle pour satisfaire vos consciences humanitaire et démocratique ?

Tous sont convaincus de mener une guerre juste : les Seigneurs du monde, les Serbes pour la défense de leur territoire ou pour la Grande Serbie... l'UCK pour l'indépendance et la Grande Albanie... et ainsi de suite dans une spirale sans fin, dans un jeu tragique et spectaculaire, dans un piège mortel, dans un inexorable processus d'avancée dans la barbarie.

Entre mystification
et confusion,
quelques certitudes

1. Cette guerre ne sert pas à mettre fin à la purification ethnique et au massacre des populations civiles. Au contraire, elle ajoute le sang au sang, la destruction à la destruction, la mort à la mort. Déjà les massacres ont augmenté contre la population du Kosovo, comme cela était prévisible et admis par tout un chacun.

2. Le régime de Milosevic n'a pas été affaibli. Bien au contraire : autour du nationalisme, de la défense de la patrie et du territoire face à l'attaque de l'OTAN s'est reconstruit un consensus, marginalisant et dispersant définitivement les dernières poches de résistance.

3. L'attaque contre la Serbie est comme un allumette jetée dans une poudrière... les Balkans sont en flamme et l'incendie s'étend de la Serbie au Kosovo et au Monténégro, à la Macédoine... Les mécanismes des guerres ethniques fonctionnent sur le mode de la métastase, de façon diffuse et irréversible... Jusqu'où cela ira-t-il ? Les bombardements de l'OTAN n'ont finalement servi qu'à amplifier ce processus.

4. Si l'objectif était de favoriser la conquête de son autonomie pour une partie du territoire du Kosovo, après ces événements elle devient encore plus difficile, si ce n'est impossible, à envisager.

5. Cette guerre démontre l'inconsistance totale, l'inexistence même, de l'Europe politique, c'est-à-dire d'une entité dotée d'une autonomie propre et d'un rôle stratégique dans les décisions concernant non seulement l'ordre mondial, mais l'ordre à l'intérieur de ses frontières. Est-ce un hasard si la décision américaine de bombarder la Serbie ait été prise à peine quelque temps après la mise en fonction de l'Euro ? N'est- pas là encore la voix du maître qui, du haut de sa supériorité technologique et militaire, rappelle qui commande, contre toute velléité d'indépendance et d'autonomie ?

Comme on peut le voir de tous les points de vue, c'est une guerre absurde, particulièrement pour l'Europe. Elle aboutit exactement à l'inverse de ce qu'elle prétend viser, elle relègue la communauté européenne à un rôle subalterne et soumis à la puissance américaine, elle provoque déjà de graves dégâts, y compris sur le plan économique, sur les marchés et les changes !!!

Appel à la résistance !

Pour nous, sur la base de ces raisonnements, une chose est claire, sans même l'ombre d'un doute : dans le tragique contexte où nous nous trouvons, il est impossible de prendre parti pour l'un ou l'autre des camps.

Nous sommes contre les bombardements de l'OTAN, avec toutes nos forces et nos moyens, mais avec tout autant de détermination contre toute forme de nationalisme et de nettoyage ethnique... Contre toute forme de fascisation de masse, de populisme réactionnaire bon marché, contre les lieux communs y compris ceux de la gauche anti-américaine et anti-OTAN.Nous ne pouvons pas nous rendre complices de la barbarie des assassins, quel que soit leur camp : ceci  est l'impératif éthique qui nous fait encore nous bouger, désirer, lutter et rêver !
Nous sommes conscients d'être, probablement, une minorité au sein de la vaste aire du peuple de gauche opposé à la guerre... mais une minorité forte et déterminée, qui se positionne sur un terrain de résistance effective contre la barbarie de laguerre, mais aussi contre les dévastations idéologiques qui, plus ou moins consciemment, couvrent les atrocités et les massacres des guerres ethniques et des nationalismes armés les uns contre les autres.

Résistance, pour nous, signifie lutte et passion : face aux images de dévastation et de mort, aux exodes bibliques de populations, aux souffrances gravées sur le visage d'hommes, de femmes, d'enfants...

Nous devons nous impliquer jusqu'au bout, sans peur et sans hypocrisie... avoir le courage de risquer quelque chose de nous-mêmes, justement au nom de la dignité humaine contre la barbarie.

Résister, dans la lutte, pour projeter et préfigurer un monde nouveau, pour imaginer et construire une nouvelle utopie sociale, pour sortir, définitivement et sans réminiscences, de ce siècle et de ses cauchemars..

Quelques camarades
de Radio Sherwood
Avril 1999, Padoue, Italie.
http://www.sherwood.it


LE SOMMAIRE DU NUMÉRO 218

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