libertaire anarchiste anarchisme

MIMMO PUCCIARELLI

Qui sont
les anarchistes

Y'en a pas un sur cent
et pourtant ils existent !
(Léo Ferré)

Ce texte est un résumé de mon travail de recherche sur Les libertaires aujourd'hui, et plus précisément la partie consacrée au dépouillement d'un questionnaire que j'ai fait circuler dans les milieux libertaires français entre 1995 et 1996. À partir des 140 réponses reçues, j'ai essayé de montrer quelques-uns de leurs traits marquants. L'objectif n'étant pas celui d'en restituer une image exhaustive, mais d'en dévoiler quelques-unes enfin de mieux savoir qui ils sont et ce qu'ils font. Ce travail, présenté lors du colloque sur la Culture libertaire à Grenoble en mars 1996, fit l'objet de quelques vives réactions de l'assistance, surtout en ce qui concerne les données sociologiques que je présentais.

Après l'avoir publié dans les actes de ce Colloque (ACL, 1997), nous vous en présentons aujourd'hui une nouvelle version quelque peu modifiée, en vue de la tenue du Colloque L'anarchisme a-t-il un avenir ? dont Alternative Libertaire est partenaire (voir en dernière page) et qui se déroulera du 26 au 28 octobre 1999 à Toulouse.

Mimo
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Introduction historique

On ne peut guère se procurer de documents statistiques au sujet des anarchistes. Dans beaucoup d'endroits, il y a encore une grande léthargie, mais, somme toute, le mouvement est décidément dans la voie du progrès. L'élément flottant nous a quittés ; les camarades qui sont restés sont décidés à la lutte et ne cesseront d'instiller le feu sacré autour d'eux. Les résultats de cette propagande sont nettement perceptibles : les penseurs, les éducateurs, les artistes, les hommes de lettres de la génération actuelle sont tous au fait des idées anarchistes. Parmi les classes cultivées, l'anarchie n'est plus le symbole de tout ce qu'il y a de confus, de mauvais, d'horrible, comme c'était le cas autrefois. [Par contre] la masse ignorante tient encore à l'ordre social actuel.

C'est James F. Morton Jr., un anarchiste américain qui écrit en ces termes un rapport sur les anarchistes aux États-Unis d'Amérique à la fin du siècle dernier. Ce texte, que Marianne Enckell du Centre International de Recherche sur l'Anarchisme de Lausanne m'a fait connaître, est-il si loin de la réalité des anarchistes aujourd'hui en France et en Belgique (et ailleurs) ? Si on enlève les fioritures et les envolées lyriques, il reste des constats faits par Morton qu'il y a peu de statistiques au sujet des anarchistes ; l'anarchisme intéresse les "classes cultivées" ; et la "masse ignorante" n'y prête guère d'attention. Pour être tout à fait complet, il faut ajouter que cet anarchiste (plutôt individualiste) indique à la fin de son rapport que le grand, l'urgent besoin de l'heure actuelle réside dans une bonne culture générale et particulière des camarades. Et puis, ajoute-t-il, la propagande individuelle, les conférences, les discussions, nos journaux et notre littérature doivent nous venir en aide (1). Cette conclusion ressemble beaucoup aux propositions faites par les libertaires d'aujourd'hui comme on le verra plus loin.

Dans la même revue où était publié ce rapport, Victorine de Cleyre (2) donne, elle aussi, quelques chiffres pouvant nous intéresser concernant les anarchistes de Philadelphie à la fin du siècle dernier. En effet, elle recense dans cette ville 145 camarades de nationalités différentes dont une majorité de Juifs russes. Parmi eux, il y a 126 hommes et 19 femmes. Le travail manuel, dit-elle, est au travail intellectuel dans le rapport de 8 à 5. Il y a dans cet échantillon d'anarchistes, 124 personnes qui se définissent comme communistes [anarchistes], 12 comme individualistes et 9 indéterminées. Ce rapport précise (toutes ces personnes n'ayant pu être interrogées individuellement) que seulement 33 d'entre elles ont exprimé leur opinion sur le rapport des sexes, dont 11 se déclarent pour la monogamie, 13 pour l'amour libre et 9 sans opinion.

Victorine de Cleyre, indique en outre que si dans des réunions hebdomadaires il peut y avoir entre 30 et 200 personnes, elle est sûre que Philadelphie compte entre 4 et 500 anarchistes, mais, poursuit-elle, je dois ajouter que peu d'entre eux ont montré quelque désir d'aider votre rapporteur (3).

De ce texte, on peut retenir que le nombre d'hommes est nettement supérieur à celui des femmes, et que seulement un tiers des anarchistes a pu être comptabilisé. Enfin, toujours selon ce rapport, les travailleurs manuels (88) sont plus nombreux que les travailleurs intellectuels (57), mais cette proportion n'est pas aussi importante qu'on aurait pu croire.

En réalité, moi aussi, j'aurais voulu, comme Victorine, comprendre la réalité des libertaires lyonnais dans son ensemble. En effet, j'aurais aimé que la centaine de personnes qui gravitent autour des divers groupes et activités de cette ville répondent à un questionnaire que j'avais préparé en 1995, afin d'obtenir des données assez précises quant à la réalité de leur mouvement. Mais ayant constaté l'impossibilité de réaliser cette recherche telle que je l'avais conçue au départ (une sorte de photo instantanée des libertaires à Lyon), j'ai commencé à faire circuler ce questionnaire dans la France entière. Que ce soit lors de déplacements, aux Journées libertaires de Montpellier, à la Nuit de l'Anarchie à Marseille, ou ponctuellement dans telle ou telle ville, ou enfin en le glissant dans les paquets de livres que l'Atelier de Création Libertaire expédie régulièrement.

Les libertaires en chiffres...

En fait, tous ceux qui se sont intéressés à dénombrer les anarchistes ont été confrontés à la difficulté de donner des chiffres exacts. Pour Jean Maitron, historien de l'anarchisme français, ces chiffres, varient selon qu'il s'agit de compagnons actifs ou de sympathisants plus ou moins proches (4). Il reprend ainsi pour la fin du siècle dernier une estimation d'Augustin Hamon, militant anarchiste actif à cette époque [et] observateur scientifique des mouvements sociaux (5), qui donne le chiffre d'au moins soixante mille, peut-être cent mille personnes (6). Ce même Hamon a publié un livre intitulé La Psychologie de l'anarchiste socialiste, rédigé à partir d'un questionnaire envoyé dans divers pays à des militants soit directement soit par la presse de l'époque et dont il reçut 170 réponses dont 4 femmes ! Alain Pessin, tout en reprenant les informations de Maitron, reconnaît que les sources documentaires sur ces hommes, sont relativement rares et souvent imprécises (7). Puis en citant le travail de Roderick Kedward qui, dans Les Anarchistes, origine et formation des mouvements libertaires (8), à partir d'un fichier de police de la fin du XIXe siècle concernant 152 anarchistes lyonnais, nous donne un certain nombre d'indications intéressantes. Selon Kedward, sur ces 152 anarchistes, 55% étaient des artisans dont 39 cordonniers, 16 tisserands, 11 plâtriers et 8 teinturiers. Le restant ne comportait que quelques ouvriers industriels salariés (9). Pessin souligne aussi que le terme d'artisan peut prêter à confusion. Pour cela, il précise que ces anarchistes ne sont sans doute pas B et de loin B majoritairement propriétaires de leur échoppe. Sauf les cordonniers. Le relevé de Maitron fait apparaître la plupart des travailleurs de l'artisanat comme ouvriers. Le terme d'artisan désigne donc plus un métier qu'une situation socioprofessionnelle (10). Ces remarques intéressantes devraient pourtant être complétées. On peut se demander, en effet, quelle était, à la fin du XIXe siècle, le statut socioprofessionnel des artisans, du point de vue économique, politique ou culturel, mais aussi par rapport aux autres professions et couches sociales. Cela nous donnerait, peut-être, des indications plus nuancées sur le sens de l'appartenance à la classe ouvrière de ces artisans et militants anarchistes.

Des chiffres correspondant à la première décade de 1900 donnent, par exemple, une vision globale de la réalité du phénomène. Mais ce ne sont que des chiffres qui à l'unité près inspirent toujours méfiance comme le dit Maitron (11), puisque souvent on désigne à cette époque-là par anarchiste tout contestataire ou rebelle.

Ainsi, au début du siècle, il semblerait que le nombre des anarchistes français soit, selon ces sources policières, d'exactement 2.592 dont 275 parisiens. Nicolas Faucier, militant et administrateur du Libertaire, accordait quant à lui environ 3.000 adhérents à l'Union anarchiste en 1938. Un autre rapport de police du 2 août 1941 avance un chiffre de 2.000 à 3.000 anarchistes pour la période de l'avant-guerre (12). Maitron n'a pas non plus de chiffres complets pour la période plus récente. Mais il indique néanmoins qu'en 1971 la Fédération anarchiste compte entre 200 à 300 adhérents et que pour toutes les organisations libertaires confondues, à cette époque, il est possible de donner le chiffre de 600 adhérents (13).

Quant à moi, je n'ai pas réalisé un travail de recherche sur des archives policières, ni vraiment consulté les dossiers concernant ce sujet dans les bibliothèques et centres de documentation anarchistes. Un travail plus précis sur le plan historique en ce qui concerne la représentativité socio-économique des anarchistes reste à faire. Mais qu'en est-il de la situation aujourd'hui ? Nous n'avons pas non plus de chiffres exacts, seulement quelques pistes à suivre, compte tenu du renouveau du mouvement anarchiste en Europe depuis le début des années 70.

À ce propos, il est intéressant de signaler ces quelques informations tirées d'un travail qui a permis d'avoir pour la première fois une vue d'ensemble de la plupart des groupes et des militants anarchistes de l'après-guerre, réalisé en Allemagne au début des années 70 (14). Il est indiqué dans ce rapport que le nombre d'anarchistes actifs ne dépasse pas 1000 à 1500. Outre la diversité des groupes et leurs différents terrains d'intervention, les auteurs donnent des informations complémentaires suite à un questionnaire envoyé dans différentes villes de ce pays par le groupe promoteur de la recherche. Ils avertissent tout de même que ce questionnaire n'est pas vraiment représentatif, et que les résultats ne sont que le fruit des réponses d'une centaine de camarades militants. De ces réponses, il résulte que l'âge moyen tourne autour de 21 ans ; il y a 5 hommes pour une femme (ce qui peut aussi venir, écrivent-ils, du fait que les hommes jouent des rôles plus actifs, par exemple, ils remplissent les questionnaires [sic]). D'autre part il est indiqué que les couches sociales se répartissent comme suit : lycéens 28%, apprentis 22%, étudiants 24%, ouvriers 19%, employés et professions libérales 7% (15).

Ce qui nous intéresse ici, c'est de remarquer que ceci contredit ce que disait Maitron à la même époque, c'est-à-dire, en 1970 : En tout temps, hier et aujourd'hui, sans solution de continuité, l'anarchiste communiste a été et demeure, dans une très forte proportion, un travailleur, ouvrier du cuir (cordonnier), du textile, du bâtiment, plus fréquemment du Livre, de la métallurgie et responsable syndical à l'occasion (16).

En effet, à partir des chiffres concernant les anarchistes allemands du début des années 70, on peut dire que les libertaires ne sont plus représentatifs de ces couches sociales dites ouvrières, ce qui paraît vraisemblable aussi pour les autres pays d'Europe comme la France. L'appartenance de l'anarchisme au mouvement ouvrier est cependant soulignée encore par Claire Auzias lorsqu'elle dit en conclusion de son livre : L'anarchisme est un mouvement social : à ce titre, il participe des conditions générales du mouvement ouvrier, à chaque moment de son histoire (17). Mais ce constat, notre amie et historienne le faisait à partir de l'histoire du mouvement libertaire lyonnais pendant la période de l'entre-deux-guerres.

Daniel Colson de son côté a montré que les groupes libertaires stéphanois, dans les années 1920, comptaient plus de 50% de métallurgistes (18). Ceci ne semble plus de mise aujourd'hui.

D'un point de vue strictement historique, il faudrait retenir aussi que, même si les anarchistes pouvaient appartenir à la classe ouvrière ou prolétaire, ils s'en distinguaient surtout par le travail culturel qu'ils y accomplissent (19), activités qui de fait les éloignaient de leur condition économique et sociale.

Ce glissement des anarchistes vers les classes moyennes (évolution qui reproduit, probablement en l'accroissant, celle de la société tout entière) est par ailleurs déjà annoncé, en France, par Maitron lui-même dans son article Un anar, qu'est-ce que c'est ? paru en 1973 (20). En effet, après avoir présenté les adhérents du groupe de la Fédération Anarchiste (FA) d'Asnières en 1972, ainsi que le comité de relation de cette organisation, le comité d'administration du Monde libertaire et le comité de lecture de ce journal, il en tire les conclusions suivantes : une présence accrue de femmes qui est, selon Maitron, un trait général de notre temps qu'on retrouverait dans tous les groupements de gauche et non particulier au milieu anarchiste. Puis, il indique que si les statistiques qu'il présente à partir de quelques structures de la FA ont valeur générale, les décennies à venir confirmeront ou infirmeront que quarante à soixante pour cent peut-on dire des anarchistes-communistes appartiendraient aux cadres moyens (21).

Arvon, qui a probablement lu ce texte, dans son livre l'Anarchisme du XXe siècle, paru en 1979, s'est intéressé à ce glissement qu'il décrit ainsi : La prédominance actuelle de l'anarchisme individualiste se manifeste d'ailleurs par le changement radical dans l'origine sociale de ceux qui adhèrent à l'idéal anarchiste (22). Arvon semble deviner, avoir l'intuition, de cette évolution quand il fait le parallèle avec les sociétés contemporaines, mais ne nous donne pas de chiffres pour le constater.

En voici deux exemples. Au début des années 60, une enquête fut réalisée en Angleterre à travers un questionnaire qui fut envoyé à 1.863 abonnés de l'hebdomadaire anarchiste anglais Freedom. La lecture des résultats des 470 réponses provenant de l'Angleterre (358), les USA et le Canada (68), l'Australie et la Nouvelle Zélande (19), du reste de l'Europe (16) et d'autres pays (9), est riche en enseignements. La donnée principale que je veux rappeler ici est la proportion des personnes appartenant à la classe moyenne. Parmi les personnes âgées de plus de 70 ans, il y a 50% appartenant à la "classe ouvrière" (ce sont les auteurs de l'enquête qui utilisent les guillemets) et 50% à la classe moyenne, puis plus l'âge baisse plus les représentants de la classe moyenne augmentent. En outre, parmi les personnes qui avaient entre trente et quarante ans, 23% appartiennent à la classe ouvrière et 77% à la classe moyenne. Parmi ceux qui avaient entre vingt et trente ans, seulement 10% appartenaient à la classe ouvrière @ et 90% à la classe moyenne. Une des conclusions à laquelle arrivaient les auteurs de cette recherche en 1962, était que contrairement à la vieille génération, la nouvelle génération anarchiste va avoir (predominatly middle-class back-ground) des origines prédominantes de la classe moyenne (23). L'autre exemple nous vient d'un texte de 1972 d'Amedeo Bertolo. En 1962, au moment où il commença à participer au mouvement anarchiste à Milan, il y avait un groupe X d'une dizaine de personnes dont l'âge était supérieur à la soixantaine, pour la plupart retraités ou artisans. Un groupe Y composé aussi d'une dizaine d'anarchistes qui avaient entre 35 et 40 ans, dont 2 ouvriers, 2 artisans, 1 cheminot, 1 conducteur de bus, 1 architecte, 1 employé et 2 vendeurs ambulants. Enfin, 4 étudiants formaient un autre groupe Z. Les groupes X et Y étaient adhérents à la Fédération anarchiste Italienne (FAI) de cette ville, et le groupe Z de la Jeunesse libertaire était autonome.

En 1967, les groupes X et Y ont pratiquement disparu, mais continuent de participer au groupe adhérent à la FAI. La composition sociale de ce groupe était la suivante : 1 ouvrier, 1 peintre, 1 artisan et 2 retraités. Deux personnes du groupe Z, plus un du groupe Y, plus de nouveaux arrivants participent à la Jeunesse libertaire de Milan. L'âge moyen est de 25 ans et la composition sociale la suivante : 1 ouvrier, 1 cheminot, 2 employés, 1 professeur et 3 étudiants.

Enfin, en 1972, nous indique A. Bertolo, il y avait, à Milan, environ 70 anarchistes organisés dont une dizaine approchant la trentaine. Les autres sont âgés en moyenne de 20 ans. Dans le groupe de personnes les plus âgées, il y avait 2 ouvriers, et pour le reste c'étaient des employés, des techniciens, 1 exerçant une profession libérale, 1 professeur. Le second groupe, le plus jeune, comptait deux tiers d'étudiants et environ un tiers d'ouvriers (24).

En suivant son intuition, Arvon est amené à indiquer, pour la fin du XXe siècle, une prédominance de l'anarchisme individualiste, ce qui ne correspond pas vraiment à la réalité. En effet, depuis ce renouveau du mouvement libertaire amorcé au début des années 70, celui-ci s'exprime autant à travers des groupes idéologiques classiques qu'à travers des individus isolés. Mais cela fut toujours le cas dans l'histoire de ce mouvement, ce que tous les historiens s'accordent à indiquer. Néan- moins, il faut s'arrêter un instant sur cette intuition d'Arvon, puisque toujours à propos de ce renouvellement des idées anarchistes, il écrit : Actuellement, ce sont surtout les intellectuels et les classes moyennes des pays hautement industrialisés qui portent un intérêt croissant aux thèmes anarchistes (et là on retrouve ce que disait Morton dans les quelques lignes citées au début de ce texte.) Puis il indique que cette curiosité nouvelle est née, non pas de la volonté de renverser la société qui, tout compte fait, a réalisé ce qui au XIXe siècle, apparaissait comme une promesse de bonheur et de liberté, l'abondance des biens matériels, mais du désir d'en changer l'orientation (25).

En effet, ce constat du rôle accru des classes moyennes (26) est évident dans tous les mouvements de contestation qui se sont développés à partir de la fin des années 60. Cette dissidence a pris racine d'abord en Amérique du Nord avec la beat-generation, qui, comme une tornade, a enveloppé bon nombre de pays du nord et du sud, de l'ouest ou de l'est de la planète. Cette contre-culture (27) poussera de nombreux jeunes dans divers pays à rechercher de nouvelles formes de vie sociale. !

LA SUITE DU DOSSIER
(1) Voir les Temps nouveaux n° 24 de 1900.

(2) Victorine de Cleyre (1886-1912) est, avec Emma Goldman, l'une des figures féminines marquantes de l'anarchisme américain... Voir le dossier Y'en a pas une sur cent, préparé par Marianne Enckell et paru dans le n° 76 d'IRL, en 1986.

(3) Les Temps nouveaux, op. cit.

(4) Jean Maitron, le Mouvement anarchiste en France de ses origines à nos jours, rééditionGallimard, collection Tel, Paris, 1992, page 452 du deuxième volume.

(5) et (6) Ibidem.

(7) Alain Pessin, La Rêverie anarchiste, 1848-1914, collection Bibliothèque de l'imaginaire, librairie des Méridiens, Paris, 1982, p. 44, (réédition ACL, mai 1999).

(8) Éditions Rencontre, Lausanne, 1970.

(9) Cité par A. Pessin, op. cit., pp. 45-46.

(10) Idem, page 46.

(11) Jean Maitron, op. cit., page 129 du premier volume.

(12) Ibidem.

(13) Ces sources, cette fois, sont le fait d'estimations tirées du Bulletin intérieur de la FA et de Gaston Leval, La crise permanente de l'anarchisme, in Cahiers de l'humanisme libertaire, août-septembre 1967. Voir J. Maitron, op. cit., pp. 131-132 du premier volume.

(14) Voir le rapport sur l'Allemagne dans Société et contre-société, Communauté de travail du Cira, édité par la Librairie Adversaire, Genève, 1974.

(15) Ibidem, page 118. Les auteurs signalent aussi que cette centaine de militants forment une sorte d'avant-garde du mouvement. La répartition parmi les sympathisants serait probablement assez différente. Selon une estimation approximative, faite par Amedeo Bertolo en 1977, il devait y avoir en Italie entre 15.000 à 20.000 libertaires, en tenant compte de tous ceux qui d'une manière plus ou moins cohérente et dans l'ensemble font référence au mouvement anarchiste. Voir Interrogations, n° 11 de juillet 1977. Il est possible de donner encore des chiffres plus précis par rapport à cette période, en ce qui concerne l'organisation anarcho-syndicaliste CNT d'Espagne. Freddy Gomez dans le nE16 de la revue Interrogations donne le chiffre de 120.000 adhérents. Aujourd'hui, en 1999, il semble que la CNT ne rassemble que deux à trois mille d'adhérents, et la CGT (syndicat issu d'une scission au sein de la CNT à la fin des années 80) 30.000. Mais il ne s'agit dans ce dernier cas du nombre de cotisants à ce syndicat. Resterait à déterminer combien d'entre deux sont des militants actifs se définissant comme anarchistes ou libertaires, et combien sont de simples cotisants.

(16) J. Maitron, op. cit., page 106 du premier volume.

(17) Voir Mémoires libertaires, coll. Chemins de la mémoire, Éditions de l'Harmattan, Paris, 1993, p. 297.

(18) Voir sa thèse de doctorat de sociologie : la Question de l'effacement du syndicalisme révolutionnaire et de l'anarcho-syndicalisme ouvrier français : Saint-Étienne 1920-1925. Arrêtons-nous un instant sur les chiffres qu'il donne. S'il y a effectivement 55,80% de métallurgistes, c'est-à-dire 29 personnes, il y a aussi 5 ouvriers du Livre et du papier, 4 du bâtiment, 3 de l'ameublement, 2 employés des transports en commun de cette ville, 2 verriers, 2 mineurs, 2 artisans, 1 forain, 1 ouvrière du textile, 1 employé des PTT, et 1 employé de banque. Ce groupe, qui est quand même composé de travailleurs, ne nous indique pas les probables différences de salaires et leur niveau de vie. Et, c'est D. Colson lui-même qui s'interroge sur les différences éventuelles entre l'armurier très qualifié, employé dans un petit atelier de quelques compagnons, et le métallurgiste sans qualification très précise. À quoi il répond : Il y a peu de points communs sinon l'appartenance éventuelle à un même syndicat. Puis il ajoute que seule une enquête précise, mais difficile, permettrait de répondre à une question qu'il suffit généralement de poser pour qu'elle remplisse son office dans les schémas traditionnels. Disons tout de suite, souligne Colson, que les données disponibles pour Saint-Étienne sont loin d'y satisfaire. René Bianco dans sa thèse de doctorat, L'Anarchisme à Marseille de 1880 à 1914 (Université d'Aix-en-Provence, 1977), nous apprend, dans la quatrième partie intitulée Les hommes (il y a très peu de femmes en effet !), qu'environ la moitié d'entre eux ont une activité artisanale. Je pense que ces données sociologiques devraient être davantage analysées par les sociologues et historiens du mouvement libertaire. Par exemple, on peut relire le livre de Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, collection l'Histoire, Flammarion, Paris, 1973, où sont cités les collaborateurs de la Révolte, du Révolté et des Temps nouveaux.

(19) Cf. C. Auzias (1993), voir la quatrième partie Des pratiques culturelles, et surtout le chapitre S'éduquer : quelle culture libertaire ?, p. 257 et suivantes.

(20) Voir le n°83 du Mouvement social, d'avril-juin 1973 qui est consacré à L'anarchisme ici et là, hier et aujourd'hui.

(21) Ibidem. Maitron fait dans ce travail, comme toujours, une nette distinction entre les anarchistes individualistes que l'on ne retrouve guère, en groupe constitué, qu'avant la Première Guerre mondiale, qui sont à l'occasion illégalistes [et] se caractérisent alors avant tout comme des "en marge", voire des "en-dehors" de la société. Inadaptés, ajoute-t-il, ils sont souvent insoumis, déserteurs, sans domicile fixe, fréquemment condamnés de ce fait et n'exerçant pas de métier bien défini, et les anarchistes-communistes, identiques à eux-mêmes, pour l'essentiel, des origines à aujourd'hui. Je pense que cette distinction reste quand même arbitraire, et un peu suspecte d'ostracisme envers les individualistes, plus, peut-être, que l'antagonisme entre anarchistes-communistes et anarchistes individualistes. De toute façon, cet individualisme qui va de Stirner au groupe qui publie l'hebdomadaire L'Anarchie au début du siècle, avec un tirage de 3.000 exemplaires, ne représente pas un phénomène aussi marginal. C'est Maitron lui-même qui dit dans son article Un anar qu'est-ce que c'est ? que parmi les rédacteurs responsables de cette revue, on trouve un chansonnier, comptable, puis sans profession, une ex-institutrice, un commis d'architecte puis sans profession ainsi qu'une employée de maison. Pour les autres, il ne connaît pas leur profession. De toute façon, si l'on considère le phénomène anarchiste dans son ensemble, donc si on s'intéresse, comme il me semble plus cohérent, à l'histoire même de ces hommes et de ces femmes dans leurs divers courants de pensée et d'action, en réalité on s'apercevra que les données statistiques les concernant sont un peu différentes de l'image ouvriériste qu'on a bien voulu donner à ce mouvement. Enfin, ceux que Maitron appelle encore en 1973 les anarchistes-communistes, qu'aujourd'hui on peut retrouver parmi les adhérents de l'OCL, d'Alternative Libertaire (France), parmi des groupes ou individus de la FA, et des adhérents de la CNT, ne représentent plus les couches ouvrières traditionnelles. Au vu des données recueillies ces dernières années, on constate que seulement une petite minorité de libertaires, qu'ils soient individualistes ou communistes, sont des ouvriers.

(22) Henri Arvon, L'Anarchisme au XXe siècle, PUF, Paris, 1979, page 21.

(23) Cf. la revue Anarchy, nE12 de février 1962.

(24) Cf. Communauté de travail, Composition sociale du mouvement anarchiste, édition CIRA, Lausanne, 1972.

(25) Henri Arvon, op. cit., p. 21.

(26) À propos des classes moyennes et de leur rôle, par exemple dans la dissidence dans l'ex-URSS voir Gabor T. Ritterspon, The dissident mouvement and the Middle class in the URSS, in Interrogations d'octobre 1978.

(27) Voir Théodore Roszak, Vers une contre-culture, édition Stock Plus, première édition 1970 puis 1980. Surtout sur le rôle de ces idées qui ont traversé les mouvements communautaires, pacifistes, psychédéliques, de libération sexuelle, etc., mouvements influencés par des auteurs anarchistes comme Paul Goodman. Voir à ce sujet, entre autres le chapitre 6, Une exploration de l'utopie : la sociologie visionnaire de Paul Goodman.


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