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Collectif Chômeur, pas chien !

Pourquoi et comment
nous avons occupé
les bureaux
de l'ONEm à Liège...

- Pourquoi ? Colère, ras-le-bol, révolte... Vivre seul avec 20.000fb, parfois 17.000fb, ou à deux chômeurs, avec un gosse, et 34.000fb pour boucler tout le mois, c'est ce que certains osent encore appeler la Dignité !

Depuis des mois et des mois, dans la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle, dans les nombreux collectifs de "sans emploi" qui se sont créés à Liège, à Bruxelles, à Tournai ou à La Louvière, des chômeurs se sont mis à témoigner. Abus, sanctions, menaces, suspicions, pressions, délations, pauvreté... Un système qui exclut... ceux qui sont déjà exclus parce qu'ils n'ont pas d'emploi.

Plus d'un million de personnes, en Belgique, sont sans travail (ce qui ne veut pas dire socialement inactifs). À côté de cela, quelques petites dizaines de milliers d'offres d'emplois, le plus souvent temporaires, intérimaires, précaires et sous-payés.

- Réponse du pouvoir : malgré la Constitution et les Lois qui garantissent la protection de la vie privée, l'inviolabilité du domicile, le droit d'association et la présomption d'innocence, les perquisitions continuent et se "légalisent" ; les sanctions s'accroissent et les contrôles se multiplient.

- Réponses de notre part. Le 8 mars, à Bruxelles, un hôtel de luxe. Miet Smet remet le prix Marie-Claire à la meilleure manageuse de l'année. Devant un parterre qui dégouline de fric, face à ces gens de la Haute qui se croient intouchables, nous entartons la Ministre de l'emploi et du travail. Premier coup de semonce. Le second n'allait pas tarder...

Qui sème la misère récolte la colère !
Mercredi 26 mai,
l'occupation, heure par heure

- 16 heures 50, Liège, rue Natalis, nous ne jouons plus bouffon. À cinquante, venus de Liège, Tournai, Bruxelles, Louvain..., Madrid et Malaga, nous nous barricadons au dernier étage de l'Office National de l'Emploi (Onem). Du toit, nous déployons deux énormes calicots : Office Nationale de l'Exclusion Massive et Occupation.

Nous exigeons la venue du Directeur de cette institution, courroie de transmission de notre répression quotidienne.

Une longue attente commence, pendant laquelle nous nous réapproprions quelques biens d'une administration illégitime. Le mess regorge de nourriture, du genre qu'un chômeur ne peut s'offrir : saumon fumé, gambas, pinard de toutes couleurs et de marques fameuses (Monbazillac, Bourgogne...). Nous tapons un communiqué de presse sur un de leurs ordinateurs, nous contactons amis, militants, journalistes avec leurs téléphones, nous photocopions des tracts avec leur photocopieuse. Nous inondons la rue de ces tracts, où des "Euromarcheurs", de passage à Liège, se sont réunis pour nous soutenir. Plu- sieurs d'entre eux nous ont d'ailleurs rejoins dans notre bunker. Ces marcheurs contre le chômage et l'exclusion tracent sur Cologne, pour tenter de bousculer le futur G8 et le futur sommet européen pour "l'emploi", où nos gouvernants vont étudier comment nous précariser, nous paupériser, nous sanctionner davantage encore.

- 23 heures. Après 6 heures d'occupation, Monsieur le Directeur daigne enfin recevoir une délégation au rez-de-chaussée. À trois, nous quittons nos amis avec un mandat clair : obtenir du Maître des lieux, qui prétend obéir aux injonctions ministérielles sans se poser de questions (vous souvenez-vous de Mr Papon ?), qu'il signe un document que nous lui avons préparé.

Nous exigeons de lui, qu'en conformité avec la loi et dans le cadre de ses compétences, il prenne immédiatement un certain nombre de mesures susceptibles d'améliorer notre quotidien (voir Les engagements que le directeur de l'Onem n'a pas voulu prendre, dans ce même numéro).

Monsieur le Directeur traite notre demande avec un cynisme complet. Il n'a même pas daigné lire notre lettre, remise au préalable par son sous-fifre ; pire : il nie tout excès de l'inspection, toute réalité de "quotas d'exclus" (pourtant confirmée à plusieurs reprises par des membres de son personnel, eux-mêmes !). Il nie également avoir la moindre marge de manœuvre dans le cadre légal actuel. Il affirme que son personnel travaille avec "éthique" et "dans le respect de la dignité des personnes". Bref, le Directeur approuve les perquisitions, les sanctions, et les exclusions du droit aux allocations, avec le cœur léger, en affichant l'étroitesse obtuse du parfait fonctionnaire.

Aseptisé et zélé, il se plie, sans se poser le moindre questionnement, au Devoir, à l'Ordre et à l'État, dans la plus froide soumission. Lorsque nous lui faisons part de situations, bien réelles et dramatiques, vécues par des chômeurs, il rétorque qu'il ne peut s'agir que de cas exceptionnels, touchant des individus isolés, qui ne méritent pas d'être pris en considération. Il s'agirait donc d'inventions paranoïaques. Nous sommes devant une forme de négationnisme qui donne froid dans le dos !

- 23 heures 30. La discussion est close. Nous rejoignons nos amis, impatients. Rapport en assemblée générale. La colère monte. Nous occuperons l'Onem toute la nuit. Qu'ils viennent nous déloger s'ils veulent !

- 8 heures 45 du matin. Après une nouvelle assemblée générale, tendue et hésitante, nous décidons de quitter les lieux. Nous libérons un de nos barrages et nous descendons. Nous défilons, dans un silence contenu, devant une poignée de policiers et de membres du personnel. Nous rejoignons la centaine de sympathisants qui nous soutiennent, et dont certains sont exténués d'avoir passé la nuit dehors, en "vigiles" de notre action, qui en appellera d'autres... Parmi eux, à notre étonnement, quelques employés du Forem.

- 9 heures 30. Les Euromarcheurs arrivent devant l'Onem, où ils marquent symboliquement un arrêt, avant de rejoindre la gare, et s'embarquer vers l'Allemagne.

Notre action est terminée. Par sa forme et sa durée, l'occupation de l'Onem constituait une première dans l'histoire sociale belge.

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LE SOMMAIRE DU NUMÉRO 219

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