Alternative Libertaire 219 – été 1999


POUR LA LIBERTÉ DE CIRCULATION


Collectif Sans-Ticket


Toute personne a le droit de circuler librement.

Même la Déclaration des Droits de l'Homme le rappelle ; nous vivons à

l'ère de la liberté de circuler, une liberté inconditionnelle, interrompue.

Nous pouvons en effet nous déplacer tous azimut, fréquenter

assidûment les aéroports, hôtels, les grands complexes urbains, aux

frais de la firme qui nous emploie (ou du contribuable). Nous virevoltons

à un rythme soutenu de TGV en réceptions, de vols première classe en

piscines chauffées...

Nous... Euh... Quoi donc ? ! Cette approche de la libre circulation ne vous

convient pas ? Elle ne cadre pas avec votre quotidien ? Elle fait

pourtant autorité de nos jours... D'ailleurs, entre le sort des "business

class" ainsi que des autres privilégiés (les travailleurs) et celui des

"unités de stocks superflu" (les exclus), peu de différence : les uns ont

la liberté du marché, les autres la liberté de marcher...

Confortablement installé(e) dans son train, bus ou tram préféré, il/elle

voit un contrôleur se présenter à lui/elle. De sa voix aimable, il lui

claironne un charmant : Titre de transport, s'il vous plaît ! Sans

sourciller, il/elle présente sa carte et elle explique : C'est une carte de

droit au transport, éditée par le Collectif Sans Ticket. Elle vous

explique qui je suis, pourquoi je refuse de payer un ticket, et en quoi ce

n'est pas une tentative de "fraude". Un service public digne de ce nom

se doit de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens. La

mobilité en est un. Je ne payerai plus pour voyager en train, tram, bus,

tant que ce droit ne sera pas garanti à tous.

Voici sommairement le début de dialogue que nous répétons avec les

contrôleurs des différents réseaux de transports en commun de notre

pays, depuis bientôt huit mois.

Nous, ce sont les collectifs Sans Ticket de Liège et de Bruxelles. Ces

collectifs sont nés au mois d'octobre 98, de la nécessité pour des

collectifs de chômeurs de se rencontrer. J'explique : chômage = pas

de thune ; voyager = $ !

Conclusion, pour des chômeurs et autres minimexés ou travailleurs à

statut précaire, qui souhaitaient se rencontrer, s'organiser, réfléchir

et vivre des choses ensemble, la solution s'imposait... Nous finançons les

transports publics par notre contribution au budget de l'état, ainsi que

par les diverses taxes sur notre consommation. Il est donc tout à fait

légitime que nous empruntions les transports en commun pour nos

déplacements, sans avoir à subir une discrimination économique

déprimante et humiliante (Vous n'avez pas d'argent, restez chez vous !).

Donc, depuis huit mois, lors de chaque contrôle, nous exhibons une carte

intitulée Carte de Droit au Transport, que nous fabriquons nous-mêmes,

et qui explique brièvement le sens de notre démarche.

L'acte que nous posons affirme un droit fondamental qui est le droit à

la mobilité, primant sur la "libre circulation des capitaux" ; il résiste à

la logique unique de rentabilité de productivité des services publics,

réfute un système économique qui précarise, appauvrit, disqualifie ; il

défend des conditions de travail satisfaisantes pour tous les

travailleurs des transports publics, et vise à la protection de notre

planète en prônant des transports réellement collectifs. Cette carte ne

remplace évidemment pas le titre de transport habituellement

nécessaire. Dès lors, face aux contrôleurs, deux situations sont

possibles :

1. Malgré les apparences trompeuses (parfois pas, malheureusement),

le contrôleur n'est pas d'emblée un flic et, dans certains cas, il peut

même être inscrit au même syndicat que vous. Sensible à votre

argumentation, ce "camarade" accepte la carte avec un petit sourire

complice et vous souhaite un bon voyage.

2. Zélé et arguant du fait qu'il doit faire son boulot, que ce n'est pas

son problème et que, de toute façon, si tout le monde devait... de sa

main légère, il vous administre un PV dont le montant devrait vous faire

passer le droit de l'ouvrir. Vous voilà donc affublé du titre honorifique

de "fraudeur", votre doux billet dans la poche.

Il va sans dire que vous êtes légalement responsable de l'amande qui

vous a été notifiée. Vous prenez donc individuellement le risque et la

responsabilité de la revendication en acte que vous posez. Comme dans

tout acte de désobéissance civile, la question de l'engagement revient à

la personne et à son éthique. Par là même, le Collectif Sans Ticket

n'assure en rien la réussite de cette action.

L'action du Collectif consiste, au-delà de moments ponctuels de

sensibilisation, à récolter les amendes, dans un premier temps, pour

ensuite se présenter auprès des autorités compétentes en la matière

(ministère des transports, service des fraudes des différentes

sociétés de transport) et faire pression afin que le droit à la mobilité

des personnes devienne effectif.

Dans la mesure où nous ne voulons pas devenir des "gestionnaires

d'amendes" et où la responsabilité juridique de chacun est engagée,

nous attendons la présence des utilisateurs de la carte lors de ces

moments de "rencontre" avec qui de droit.


Ingrid




Pétition

À tous les responsables politiques et administratifs des pouvoirs

fédéraux, régionaux et communaux des transports en commun.

Nous pensons qu'il est temps que les différents responsables des

services publics qui gèrent les transports en commun se mettent

d'accord sur une autre politique d'accès aux transports tels le bus, le

tram, le train.

Nous constatons en effet qu'une grande partie de la population

(chômeurs, travailleurs salariés, pensionnés, SDF...) doit dépenser une

somme considérable pour pouvoir se déplacer en toute liberté.

De ce fait, il est clair que de nombreuses personnes sont exclues de ces

transports "en commun" par manque d'argent.

En outre, la sauvegarde de notre planète passe, entre autres, par des

transports réellement collectifs. Il suffit de voir les effets de la

pollution dans nos villes pour se dire que les transports en commun sont

une des solutions.

Sans entrer dans les détails (par exemple, comparer le budget pour les

autoroutes et le budget pour les transports en commun) nous savons

également qu'il est possibles l'heure actuelle d'offrir des services de

transports en commun complètement gratuits.

Alors, qu'attendez-vous?

Par la présente, nous exigeons l'accès gratuit à tous les transports en

commun.


Collectifs Sans Ticket

* 21 rue Pierreuse

4000 Liège

04/344.58.88

* 167 rue de la Victoire

1060 Bruxelles

02/539.04.55