libertaire anarchiste anarchisme

harcèlement moral

Harcèlement
psychologique

En Belgique,
il vaut mieux se faire harceler
sexuellement que psychologiquement
par ses patrons ou ses supérieurs.

Je vous écris une lettre en forme de témoignage. Voici mon histoire. Je m'appelle Carine et j'ai deux filles de 18 et 14 ans que j'élève seule depuis des lunes.

J'ai ramé, j'ai été presque à la rue avec mes filles mais je suis une battante et après quelques galères, j'ai réussi à monter un magasin de vêtements de seconde-main avec l'aide d'un assistant social non bureaucratique qui m'a soutenue moralement, et surtout qui s'est occupé de toute la paperasserie qu'il faut pour pouvoir travailler en Belgique.

Soit, à plusieurs, nous nous sommes rassemblés en Coopérative, entre autres afin que je puisse avoir le statut d'employée. Au cas où ça tournerait mal, je pourrais au moins avoir le droit au chômage car je n'avais le droit à rien avant ça. Même pas à l'aide sociale car il faut avoir un domicile pour y avoir droit. Donc, si on n'a rien, on n'a droit à rien. Fameux casse-tête.

Bref, après dix ans où j'ai tenu ce magasin cahin-caha en changeant plusieurs fois de statut pour faire face à tout ce que l'État me pompait avant même d'avoir gagné un franc pour moi, j'ai dû me résoudre à abandonner mon petit magasin avec mille regrets.

Que faire après, avec deux filles à élever et un diplôme pas assez élevé pour trouver un travail. Je me suis donc tournée vers ces grandes chaînes de magasin que j'exècre, et j'ai trouvé une place de caissière dans un magasin de surgelés merdiques où on peut se faire enlever et tuer sans que personne n'y voie rien. Du rendement, tant qu'on veut mais la sécurité, ça coûte trop cher. On est responsable du magasin, on fait tout, le travail d'une gérante et on est payée comme simple vendeuse. C'est un travail chiant et très dur physiquement car il faut porter des tonnes de cartons à ranger. On est un temps plein et un mi-temps pour tenir un si grand commerce et on doit se démerder. J'ai tenu presque cinq ans, il faut bien nourrir la famille et je n'avais pas trop le choix.

Il y a huit mois, mon corps a craqué, il n'en pouvait plus, il était trop fatigué. En plus, je pète un peu les plombs... marre de la vie, marre de ramer, marre de mener la barque toute seule. Mon corps dit stop. Le médecin me dit qu'il faut aller en maison de repos et s'arrêter un peu. Bête ou naïve comme je suis, je pense encore à ma pauvre collègue qui va devoir se débrouiller toute seule... et ça va bientôt être les fêtes de fin d'année. Toujours est-il que moi je suis au bout du rouleau et que je dois confier mes filles à un excellent ami qui s'occupera d'elles en mon absence.

En maison de repos, je devais y rester trois semaines, j'y suis restée six. Tout mon être refusait de recommencer cette vie d'esclavage et de contraintes. J'ai prévenu deux, trois fois au travail que mon arrêt était prolongé et il voulait absolument savoir ce que j'avais, surtout mon super-viseur qui trouvait ça bizarre que je sois malade et que je ne lui dise pas exactement ce que j'avais. Cela le faisait vraiment bouillir et comme c'est un frustré et que tout le monde doit marcher à la baguette avec lui, ça l'emmerde vraiment que je résiste.

Il arrive quand-même un moment où je me résous à rentrer en pensant surtout à mes deux filles. Quatre jours après, je reprends mon travail à mi-temps (je suis chômeuse à mi-temps). Le premier jour, j'ouvre à 9h30 comme d'habitude et à 9h40, le téléphone sonne et je reçois l'engueulade de ma vie. C'est mon super-viseur. Qu'est-ce que j'ai commis comme crime ? Mon dieu, j'ai emprunté l'aspirateur du magasin pour aspirer mon congel en panne et ce juste la veille de craquer. Il est toujours chez moi. Il crie, me reproche tout et rien, s'énerve et me dit qu'en plus on ne sait pas de quoi je suis malade. Je me mets à pleurer, c'est mon premier jour de reprise, quelle baffe dans la gueule... j'ai pleuré toute la matinée. Je reviens d'un endroit où c'était le paradis et je retombe en enfer. Quel choc thermique !

Toute la journée, il a téléphoné pour me donner des ordres, des reproches et quand je n'ai plus voulu répondre, il s'est servi de ma collègue pour faire passer ses ordres. J'ai commencé à être sur les nerfs, à pleurer tout le temps et j'étais censée servir les clients avec le sourire. Ce harcèlement a duré quatre jours non stop : téléphone, visite surprise, mots d'ordre de travaux à faire trois fois plus que d'habitude. Le premier jour où je suis rentrée, il y avait déjà une lettre d'avertissement qui était prête à partir et le quatrième jour, une deuxième lettre d'avertissement avec toute sorte de reproches aussi débiles les uns que les autres. Le quatrième jour, j'ai téléphoné du boulot à mon médecin qui m'a dit que c'était pas la peine de continuer comme ça, qu'il cherchait à me faire craquer... Il valait mieux arrêter.

Depuis, j'ai plongé dans une dépression très grave. J'ai frôlé le suicide, je n'avais plus de repères, c'était le trou noir. Le syndicat m'a un peu "défendue" sans plus. Ma collègue m'a complètement enfoncée. Je croyais qu'on s'entendait bien. Depuis, je suis en maladie. L'autre jour, je retrouve un peu de tonus pour me battre contre l'injustice et je téléphone au Syndicat à Bruxelles. Je dis à J.M. que je veux porter plainte contre ce superviseur pour harcèlement psychologique et perte sèche de revenus (10.000 par mois) et il me répond qu'en Belgique, il n'y a rien dans les lois qui permette de porter plainte pour harcèlement psychologique. Il y a un vide juridique. Si ça avait été harcèlement sexuel, je pouvais porter plainte. Le syndicat m'a dit : aucune chance.

Il me reste deux choix, Ou je vais retravailler et retrouver mon harceleur... Ou je reste en maladie et j'attends que le Médecin conseil en ait marre et me renvoie au travail. Sans espoir. Ça ne me remonte guère le moral ni beaucoup de gens pour m'aider. Je n'ai trouvé aucune solidarité, ni dans le boulot, ni à l'extérieur. Je dois me démerder seule, la loi n'est pas en ma faveur. Quel merdier ! Les patrons peuvent vous presser et vous détruire comme ils le veulent. Je voudrais que ce sbire paie pour son inhumanité et sa stupidité. J'essaie de ne pas baisser les bras.

Si par un mot, une lettre ou une idée, vous pouvez me soutenir, ça me ferait plaisir, ça m'encouragerait peut-être encore plus à Résister contre ces Rats.

Petit détail, j'habite dans les Ardennes et il n'y a pas beaucoup de Résistants ici.

Merci de m'avoir lue. À bientôt.

Carine


Mon adresse : Carine Mareschal, 47b, rue Saint-Michel, 6870 Saint-Hubert, 061/23.23.85. Bisous à tous les Anars.


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LE SOMMAIRE DU NUMÉRO 220

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