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éditorial alternative libertaire

Démocratie
en chocolat

Si la Belgique est une démocratie,
moi, je suis une mousse au chocolat
Mao Tse Toung

Si Mao avait été une mousse au chocolat, ça se serait su et les Chinois n'auraient certainement pas tant trinqué. Non, la Belgique n'a rien d'une démocratie. C'est une baudruche qu'il convient de dégonfler vigoureusement. Car il y a autant de démocratie en Belgique (et dans le monde libéral en général) que de soupçons de générosité au PS ou de nouvelle culture politique chez Louis Michel.

Il est primordial de faire un sort à cette usurpation qui biaise notre vision de société. Il est essentiel de redonner un contenu et un sens au mot si non ne veut pas finir Ministre Écolo ou mourir idiot. Non, la Belgique n'est absolument pas une démocratie connaissant quelques dysfonctionnements, quelques ratages inévitables. Une démocratie c'est autre chose que ces farces "électorales" qui se répètent tous les 4 ans (comme les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde ou la mort d'un Kennedy).

Le citoyen belge vote 14 fois (1) durant son existence si on veut considérer qu'en moyenne il vit 75 ans et qu'il commence à voter à l'âge de 18 ans. Quatorze fois où on aura vaguement sondé son opinion et 20.800 jours où son opinion aura pesé autant qu'un début d'émotion humaniste chez JLD. Et je dis bien "sondé" son opinion, car jamais il n'a à se prononcer sur des questions concrètes engageant son environnement social.

Le citoyen belge a le droit de s'exprimer rose, vert, bleu, rouge ou brun, car ça n'engage à rien. Il a le droit de s'assujettir à un beau ou un moche parleur, de le déléguer au Parlement et de lui faire confiance pendant quatre ans. Peu importe que l'électeur ou le parleur aient changé d'avis entre-temps. Élu, c'est élu, reprendre c'est voter !

Une démocratie se construit sur une assemblée de citoyens égaux et responsables, et non sur des hiérarchies, des concentrations de pouvoir et des confiscations de responsabilités. La démocratie n'est pas affaire de quelques uns, de quelques centaines de députés qui se coltinent les débats sur les affaires publiques.

Les affaires publiques, c'est du ressort du public et non à discuter en cercle privé, en petit comité choisi, entre happy fews, dans un environnement feutré, calfeutré. Une démocratie, ça ne se construit pas avec 20, 30 ou 300 ministres, mais avec autant de Ministres qu'il y a de citoyens. En Belgique, il faudrait dès lors que les démocrates revendiquent sérieusement les 10 millions et un Ministres (Sémira Adamu étant nommée à titre posthume et pour l'éternité).

Or, hélas, l'argumentaire de nombreux démocrates va bizarrement en sens inverse. La multiplication des Ministres, la déconcentration, la décentralisation du pouvoir, dilueraient les responsabilités !!!, et nuiraient à l'efficacité de l'État. Alors que précisément si nous étions tous Ministres, nous serions tous responsables, et partant, la Responsabilité en sortirait renforcée.

Quant à l'efficacité de l'État (2)... c'est autre chose. Mais alors qu'on joue franc jeu, qu'on annonce la couleur : qu'on dise carrément et sans ambages : L'État, c'est une affaire de spécialistes, de Princes, d'Albert Bis, d'économistes, de gens d'Intérieur à képis et moustaches qui comme des couturiers carrés, ennemis des faux plis, donnent le ton aux mannequins, aux pantins qui défilent soumis sur la scène de l'imaginaire de ces gestionnaires. Et qu'on cesse alors d'invoquer la démocratie. Cela n'a plus rien à voir avec un quelconque pouvoir du peuple.

Plus que jamais, je suis persuadé que le salut de nos présent et futur passe par la démocratie, par la reconquête de nos responsabilités. Cela ne pourra se faire qu'en se réappropriant la parole publique, le verbe social. Et non en portant son espoir sur quelque Ministre éclairé, ami du peuple, vertueux comme un cierge d'église, ni sur un machin représentatif de nos résignations. Déclarons franchement ces élections archi-nulles et non avenues (non boulevards, même) et convoquons, constituons des conseils ouverts de quartiers, des conseils municipaux fédérés permanents et exécutifs (3).

Je terminerai en citant Kant qui déclarait un jour d'ennui particulier cette fameuse paraphrase shakespearienne Mon pfelstrudel pour une émotion libertaire.
 

Dirk Diederich


(1) Magnanimement, on ajoutera encore 9 sondages communaux.

(2) Qu'entend-t-on par là d'ailleurs ? une bonne police ? des frontières sûres comme des chaus ? un indice boursier dopé ?

(3) Les modalités pratiques et organisationnelles restent encore à imaginer.


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