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À la petite semaine


Floréal Melgar a trempé sa plume dans le vitriol. Nous avions déjà publié en brochure (avec les éditions du Monde Libertaire), une sélection de ses chroniques, À la petite semaine (toujours disponibles par correspondance, 20Ff ou 100Fb). Aujourd'hui, Floréal poursuit, chaque lundi, sur l'antenne de Radio Libertaire (la radio de la Fédération Anarchiste Francophone à Paris), dans le cadre de l'émission À rebrousse-poil. Il nous a fait le plaisir de nous faire parvenir trois des plus récents de ses textes. On peut prendre des notes !

L'important c'est la rosette
(5 juillet 1999)

Malgré les divergences, petites ou grandes, qui séparent les anarchistes du mouvement écologiste, malgré les vives critiques souvent adressées par ceux-ci à celui-là, force est de reconnaître sportivement que les Verts savent, eux, profiter des réunions de leurs instances pour mener des débats de fond dont l'importance cruciale ne saurait être niée par un observateur impartial.

Ainsi le Conseil national du parti de Dany s'est-il penché récemment sur la question de savoir si un élu Vert pouvait, comme tout serviteur de l'État, comme tout bon élève de la République, prétendre à la rosette de la Légion d'honneur.

Qu'on le sache, donc, M. Mamère, Mme Voynet, Mme Blandin, M. Cochet, pourront désormais arborer à la boutonnière cette petite tache de sang de poulet. Car tel fut le vu, en effet, de la majorité, bien qu'un courant "libertaire" nous dit-on, s'y soit opposé.

Mais à quoi reconnaît-on - autre bonne question - un courant "libertaire" chez les Verts ? C'est celui qui, sans être jamais pleinement d'accord avec son parti mais adepte du "soutien critique", cette béquille des analphabètes politiques, accepte de se fondre dans ses structures hiérarchiques, justifie sa présentation aux élections, légitime sa participation à un gouvernement libéral de gauche, réclame des ministères supplémentaires, hurle avec les loups en faveur de la "guerre humanitaire", mais reste ferme sur les principes pour dire non à l'attribution d'inutiles décorations.

Qui a dit, déjà, qu'il ne suffisait pas de refuser la Légion d'honneur, mais qu'il fallait surtout ne pas l'avoir méritée.

Titi et gros minet
(12 juillet 1999)

Du temps qu'il était chat de gouttière à Paris, promis à la fourrière, que ses miaulements rebelles et joyeux troublaient le sommeil et la digestion des chiens de garde repus des beaux quartiers, Cohn-Bendit arborait fièrement le sobriquet d'"anarchiste allemand", décerné par une crapule stalinienne croyant le discréditer par une double insulte alors qu'elle étalait platement sa bêtise crasse et sa xénophobie.

Maintenant que le matou est stérilisé, qu'il n'est plus Titi parisien fanfaron mais gros minet assuré de sa potée, qu'il fait ses gros ronrons sur un bel édredon à Bruxelles, voilà notre républicain "libéral-libertaire", à l'heure où son Europe prétend abolir les frontières, tenaillé par le désir de changer de nationalité.

Il y a longtemps déjà que le minou domestiqué n'a plus rien d'anarchiste. Voilà que bientôt il ne sera même plus allemand mais, comme hier Georges Marchais, un vulgaire politicien français.

Ses amis d'il y a trente ans demeurés simples mistigris, libres vagabonds des rues de Paris, passant près de l'hôtel de ville, ce douillet panier d'osier convoité par l'ex-roi de la "chienlit", s'en vont chantonnant : C'est l'boulevard Saint-Michel qui a perdu son chat...

Idéologie et culture
(19 juillet 1999)

C'est un dur métier que celui de président de la République. Chaque année à la même date, la commémoration de la prise de la Bastille, épisode marquant d'une révolution inachevée, impose à cet héritier du tiers-état la corvée de l'interview télévisée après le défilé humanitaire du matin.

Dans des réponses sans intérêt à des questions insipides connues à l'avance mais posées avec conviction par des journalistes apprivoisés, il convient, pour que l'exercice soit pleinement réussi, que le chef de l'État place la "petite phrase" destinée à passer à la postérité, à faire la une des quotidiens du lendemain, et à donner à penser que cet homme-là, même crétin avéré, n'usurpe aucunement sa fonction tant sa puissance de raisonnement en impose.

Pour ce 14-Juillet, nous aurons ainsi appris que gauche et droite se différencient fondamentalement par le fait que la première est idéologie quand la seconde est culture. C'est profond. C'est abyssal.

Cette découverte philosophique d'importance se devait d'être rendue publique au plus vite car, qu'elles gouvernent séparément ou cohabitent, il devenait de plus en plus difficile de trouver entre ces deux familles un élément qui les distinguât. Et dans les ANPE, les bureaux d'aide sociale, les foyers d'accueil pour sans-logis, les centres de rétention pour étrangers en partance, quel beau sujet de dissertation vient d'être offert aux victimes de Juppé et de Jospin, de Pasqua et de Chevènement, sur la nature idéologique pour les uns, culturelle pour les autres, de leurs galères respectives.

À l'heure insouciante du bronzage et du Tour de France, il était bon que la réflexion chiraquienne, ce Tourmalet de la pensée politique, rappelle au monde qu'à travers son plus haut représentant ce pays reste bien celui des Lumières.

 Floréal Melgar




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