éditions libertaires


Éléments
de critique sociale

Gun a passé un été studieux...
Il nous rend compte de ses lectures...

Lettre ouverte
aux gourous de l'économie
qui nous prennent
pour des imbéciles

D'emblée, l'auteur nous prévient : Ce ne sera pas vraiment une lettre de félicitations.

L'économiste Bernard Maris (Oncle Bernard à Charlie Hebdo) se distingue de ses confrères en s'exprimant dans un langage clair, qui fait appel à la réflexion, à la logique et au bon sens. Un hérétique, quoi. Utiliser un langage d'être humain, dans le monde des économistes, ça ne se fait pas, voyons !

Bernard Maris a signé en mars de cette année un livre décapant, dans la série des Lettres ouvertes, chez Albin Michel.

Tout en passant en revue les différentes chapelles de la religion économique et de ses chamans (Smith, Marx, Ricardo, Keynes, Walras, Debreu, Nash et les autresY), Maris interpelle ses collègues en leur demandant Pourquoi cette science économique, partie de si haut, de la philosophie et de la logique (Y), est-elle descendue au niveau du brouhaha de réfectoire, avec quelques pions qui gueulent plus fort, comme si la physique de Foucault s'était abaissée au radotage des madames Irma contant l'avenir avec un pendule ?

Le ton est donné. Bernard Maris le dit tout net : ceux qui se drapent dans la science économique sont des escrocs, des marchands d'eau de réglisse. Les processus que les experts qualifient de "modèles infaillibles" ne sont en réalité que des martingales et, si le fonctionnement de l'économie semble incompréhensible au commun des mortels, c'est parce qu'il n'y a, en fait, rien à comprendre. Une science qui se permet de raconter n'importe quoi et son contraire n'est pas digne de ce nom. Au demeurant, Maris considère que l'économie n'est pas une science, c'est un anesthésique. La tâche des économistes consiste simplement à lancer des poignées de chiffres en l'air, comme on jette des grains aux poulets.

Alors, une question se pose : sont-ils des salauds ou des andouilles ? C'est souvent bien difficile à dire, mais une chose est sûre : ils sont à la solde des princes, affirme Maris, ce sont les ventriloques du pouvoir : quand un rapport n'est pas à la botte, on ferme l'organisme de recherche (le CERC) ou on vire celui qui l'a fait (Guaino, Commissaire au Plan, remercié pour avoir démontré que 7 à 8 millions de Français étaient en situation de précarité).

Dans une science qui prétend être celle de l'utile et du quantifiable, la moindre des choses serait pourtant de rendre des comptes. Les médecins n'ont pas le droit de se tromper ; les conducteurs de train non plus. Alors, pourquoi les économistes auraient-ils le droit de se tromper et de nous tromper et de mentir en invoquant de prétendues lois de marchés, destinées à nous imposer le diktat du profit effréné, pratiquer l'opacité financière en invoquant la "confiance", sucrer les maffias en saignant les peuples ? Et ricaner comme Attali, caricature d'expert, qu'un économiste est "celui qui est toujours capable d'expliquer le lendemain pourquoi la veille il disait le contraire de ce qui s'est produit aujourd'hui". Qu'est ce que cette définition, sinon celle du bouffon ?

Maris évoque la main invisible du marché, qu'il n'hésite pas à comparer à un avatar du Saint-Esprit. Personne ne peut échapper au marché ; il existait avant vous et existera après (Y) L'éternité du marché, qui justifie la domination de quelques dizaines de milliardaires dont la fortune équivaut au PIB cumulé des cinquante pays les plus pauvres, s'apparente furieusement, en effet, au principe du droit divin. Les théoriciens de l'économie moderne forment une secte dont l'obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. L'ancestrale crainte des dieux a fait place aux lois du marché.

Mais l'économie libérale a un alibi : la création de richesse. Pauvre richesse ! soupire Maris qui s'indigne de cette imposture : Vous croyez-vous sincèrement autorisés à utiliser le mot richesse ? Savez-vous que les déchets, la transformation des forêts en latérite, les bidonvilles qui ceinture les villes à la place des campagnes, la dépense d'essence dans les embouteillages, la mutation de l'eau en poison sont des richesses ? (Y) Savez-vous que plus l'eau devient rare et dégueulasse, donc chère, plus les hommes "s'enrichissent" dans votre système ? Que plus le monde est empoisonné, plus il est riche, par simple effet de rareté ? Ô miracle de l'économie politique libérale qui sut transformer le mal en bien, le déchet en "produit", appelant blanc ce qui était noir et richesse ce qui n'était que misère !

En conclusion, Bernard Maris nous rappelle que l'économie, oïkos nomos en grec, signifie "gestion de la maison". Or, qu'ont-ils fait de la maison, ces économistes ? Leur réponse se résume à du charabia stérile et prétentieux, à un jargon abscons qui terrorise le monde.

Mystère des langues de bois, dont on fait les matraques...

* Lettre ouverte aux économistes qui nous prennent pour des imbéciles de Bernard Maris est édité chez Albin Michel 8 avril 1999, 190 pages 85 Ff.

Travailler, dormir
et... regarder la télé

- Docteur, faites quelque chose, y a ma télé qui se laisse pousser des poignées !

- Hélàs, mon pauvre ami, la télé-poubelle, c'est un fléau de l'époqueY

- Il existe pourtant un remède radical : l'éteindre.

On pourra alors être certain de ne rien regretter en lisant le Recueil de nouvelles et dessinsContre la télé présenté par le RAT (Réseau pour l'Abolition de la Télé). Ces quelques pages remplaceront avantageusement la lucarne obnubilatrice, qui hante trop souvent les soirées de l'homme moderne.

Il se dégage de ce petit livre un souffle puissant de dérision et de résistance à la passivité sourde que la télé peut engendrer.

On y retrouvera (ou découvrira) quelques belles plumes : Patsy, François Brune, Francis Mizio, et beaucoup d'autres.

Les textes sont savoureux et intelligents, et les dessinateurs s'en donnent à cur joie. On se délectera (entre autres) des coups de crayons de Charmag (Le Monde Libertaire), Cdric (No Pasaran), Chester (Le coyote rebelle), David Vincent (co-créateur du fanzine Morbaque), Cogan (Courant Alternatif), ainsi que Serdu (qui sévit surtout dans la presse belge, mais n'a pas pour autant renoncé à son esprit caustique).

* Contre la télé (Nouvelles & Dessins), présenté par le R.A.T. Éditions Reflex, 21 ter Rue Voltaire 75011 Paris (06.11.29.02.15) 8 1999, 192 pages, 55 Ff.

- Allo, docteur, ça fait un moment que j'ai viré ma télé et je me sens déjà beaucoup mieux.

- Ne faites pas le con, malheureux ! Jusqu'à présent, le pouvoir a réussi à réduire les conflits sociaux en installant tout le monde devant les mêmes programmes de télé, mais si ça ne fonctionne plus, ils n'hésiteront pas à employer le napalm !

Au Kosovo, ça va, ils ont maintenant appris à apprécier CNN et bientôt, les Serbes, y auront droit aussi ; l'opposition "démocratique" fait tout pour ça. Elle a intérêt à réussir son coup, car il est impératif que les Serbes acceptent de se soumettre enfin à la belle économie de marché, sans quoi, les frappes chirurgicales et humanitaires pourraient très bien leur (re)péter dans la tronche...

Le bonheur
n'est pas au programme

La boîte aux lettres d'Alternative Libertaire nous réserve souvent d'agréables surprises. Le dernier livre de Marie-Claire Calmus en fait partie. Merci à elle de nous l'avoir envoyé. Elle a bien fait, c'est un régal.

Avec une plume alerte, dans un style resplendissant qui ne sacrifie cependant rien à la sincérité et au naturel, elle y raconte sa vie (tumultueuse), ses amours (plurielles), son Mai 68 (décisif), ses déménagements (successifs), ses engagements, ses combats, ses tourments, ses exaltations, ses (dés)illusionsY et toutes sortes de choses de la vie, de sa vie de femme éprise de liberté et d'authenticité.

Attention : Marie-Claire Calmus ne fait pas dans la bleuette, ce qu'elle raconte, c'est du sincère, du vécu. Elle dépeint les réalités, sans fard ni parfum frelaté. On entend cogner les curs à travers les pages, et par moments, ça file la chair de poule, pire qu'un mur en crépi.

Comment vivre pleinement avec un gonze sans devenir son domestique ? Pas facile.

Marie-Claire Calmus assomme le mâle avec une arme imparable : l'évidence du quotidien. Elle en chie, elle en pleure, elle en ritY bref elle aime et elle vit.

Marie-Claire Calmus est née dans la banlieue parisienne et y a enseigné presque toute sa vie. Peintre, poétesse, comédienne et réalisatrice de films, elle s'est donnée pleinement à ses passions créatrices. Son dernier livre, le Bonheur n'est pas au programme, est un long récit en forme d'autobiographie politique, mais c'est aussi B et surtout B un enseignement sémillant, rempli d'émotions et de vitalité.

* Le bonheur n'est pas au programme de Marie-Claire Calmus n'est pas spécialement facile à trouver en librairie. On peut le commander aux éditions Edinter BP 15 F-91450 Soisy-sur-Seine. 8 Juin 1999, éditions Edinter, 214 pages, 120 Ff (18,29 Euros).

Le livre noir du capitalisme


Qu'est-ce qu'un producteur ? Rien. Que doit-il faire ? Tout. Qu'est-ce qu'un capitaliste ? Tout. Que doit-il faire ? Rien (Pierre-Joseph Proudhon cité dans Le Livre Noir du Capitalisme, p.75).

Si Le Livre Noir du Communisme a fait grand bruit lors de sa sortie, celui du capitalisme est passé quasiment inaperçu. Or, il n'est pas moins édifiant : de la traite des noirs à l'extermination des Indiens d'Amérique ; de l'hécatombe vietnamienne au génocide indonésien ; du massacre des communards à tous les fusillés des répressions syndicales ; de la "Grande Boucherie" de 14-18 (avec ses 11.500 morts et 13.000 blessés par jour !) aux multiples guerres dont l'unique objectif est de développer l'exploitation ; des banquiers suisses qui tuent sans mitrailleuses (Jean Ziegler) aux enfants qui meurent de malnutrition dans le Tiers monde ; du commerce de la drogue et des armes aux accumulations rentières ; de l'appartheid des ghettos aux migrations forcées des réfugiés ; du pillage des ressources naturelles à la dévastation écologique de la planète par les industriels ; des peuples condamnés à rembourser l'intérêt d'une dette dont leurs dirigeants-marionnettes ont volé le capital (Gilles Perrault), jusqu'aux mains tendues et chevrotantes des chômeurs et des exclus, toujours plus nombreux à végéter aux portes des coffres-forts pleins à craquerY, les capitalistes ont façonné un monde dont le bilan des crimes s'inscrit de façon accablante sur le tableau noir de la barbarie. Le plus grand serial killer de l'histoire de l'humanité ! À titre d'exemple : entre 1990 et 1995 (uniquement), les guerres modernes ont provoqué dans le monde 5,5 millions de morts, civils pour les trois quart (Europe 250.000, Asie 1,5 millions, Moyen et Proche Orient 200.000, Afrique 3,5 millions). À ce tableau incomplet, il faut ajouter la mort par malnutrition de 6 millions d'enfants pour la seule année 1997. Quant aux réfugiés et exilés, ils se comptaient pour l'année 1997 au nombre de quarante millions !

L'ouvrage ne prétend pas être exhaustif, et pour cause, la surabondance des abominations du monde capitaliste est d'une telle ampleur qu'elle rend la tâche démesurée. Le capitalisme, tel qu'il nous est présenté ici, s'apparente furieusement à une forme sophistiquée et organisée d'un cannibalisme à grande échelle.

Plutôt qu'un ouvrage collectif, Le Livre Noir du Capitalisme a pris le parti de solliciter des participations individuelles d'historiens, d'économistes, de sociologues, de syndicalistes, d'écrivains, qui s'expriment librement sur le sujet de leur choix. On y retrouve les signatures d'André Devriendt (Le Monde Libertaire), Maurice Rajsfus (Ras l'Front), Yves Frémion (Écrivain, journaliste, écologiste, humoriste Y), Jean Laïlle (Journaliste à L'Humanité), Jean Ziegler (sociologue) et beaucoup d'autres. La présentation est de Gilles Perrault.

* Le Livre Noir du Capitalisme est édité par Le Temps des Cerises, 6, Avenue Édouard Vaillant 93500 Pantin. 81998, 427 pages. 140 ff / 910 fb. Il vaut vraiment le coup !

Le Catéchisme
des Travailleurs

Un petit livre (un peu moins récent toutefois : il a été écrit en 1887), évoque également les abjections du capitalisme, mais sur le ton de la farce, cette fois. Il s'agit de La Religion du Capital de Paul Lafargue. Un court extrait, juste de quoi faire monter l'eau à la bouche :

DEMANDE : B Quel est ton nom ?

RÉPONSE : B Salarié.

D. B Que sont tes parents ?

R. B Mon père était salarié ainsi que mon grand-père et mon aïeul ; mais les pères de mes pères étaient serfs et esclaves. Ma mère se nomme Pauvreté (Y)

D. B Quelle est ta religion ?

R. B La religion du Capital.

D. B Quels devoirs t'impose la religion du capital ?

R. B Deux devoirs principaux : le devoir de renonciation et le devoir de travail.

D. B Quels devoirs t'impose-t-elle envers la société ?

R. B D'accroître la fortune sociale par mon travail d'abord, par mon épargne ensuite.

D. B Que t'ordonne-t-elle de faire de tes économies ?

R. B De les porter aux caisses d'épargne de l'Etat pour qu'elles servent à combler le déficit du budget ou de les confier aux sociétés fondées par les philanthropes de la finance pour qu'ils les prêtent à nos patrons. Nous devons toujours mettre nos économies à la disposition de nos maîtres.

D. B Te permet-elle de toucher à ton épargne ?

R. B Le moins souvent possible ; elle nous recommande de ne pas insister quand l'Etat refuse de la rendre et de nous résigner quand les philanthropes de la finance, devançant nos demandes, nous annoncent que nos économies se sont dissipées en fumée.

D. B As-tu des droits politiques ?

R. B Le Capital m'accorde l'innocente distraction d'élire les législateurs qui forgent des lois pour nous punir ; mais il nous défend de nous occuper de politique et d'écouter les socialistes (Y)

D. B Comment le Capital, ton Dieu, te récompense-t-il ?

R. B En me donnant toujours et toujours du travail, à moi, à ma femme et à mes tout petits enfants !

D. B Comment ton Dieu te punit-il ?

R. B En me condamnant au chômage ; alors je suis excommunié ; on m'interdit la viande, le vin et le feu.

*La Religion du Capital de Paul Lafargue est (ré)édité par les éditions Climats (34170 Castelnau-Le-Lez). L'ouvrage est agrémenté de nombreuses notes historiques, relatant (notamment) les multiples désaccords de Lafargue avec son beau-père, un certain Karl Marx. 8 1995, 102 pages, 462 fb (la maquette est très réussie, le papier est de belle qualité, mais c'est un peu chéro tout de même).

Gun



 
 

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