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affaire dutroux

Pour en finir
avec l'intolérable
Le texte du manifeste lancé le 17 août 1999 par le Comité de soutien aux parents de Julie et Melissa.

Trois ans, jour pour jour, après la découverte des corps des petites filles, après l'échec dramatique d'une première instruction et trois ans d'une deuxième instruction qui devait répondre aux questions essentielles, après l'arrestation de Dutroux et de ses complices, après deux commissions d'enquête parlementaires, aucune réponse n'a encore été donnée.

- Qui a enlevé Julie et Melissa à Grâce-Hollogne ? Weinstein ? Dutroux ? Une autre personne ? Avec quels complices ? Quel véhicule ? À quel endroit exactement ? Pourquoi le juge Langlois n'a-t-il organisé aucune reconstitution sur les lieux, alors que Dutroux nie être l'auteur de l'enlèvement ? Pourquoi sur ce point capital de l'enquête, le juge Langlois, qui accrédite toutes les déclarations de Dutroux, considère-t-il qu'il n'est pas fiable ?

- Où Julie et Melissa ont-elles été séquestrées ? De quelle façon les témoignages sur la présence de Julie et Melissa à l'extérieur de la cache ont-ils été traités ? Où ont-elles pu être emmenées ? Pourquoi n'a-t-on pas vérifié les témoignages sur la présence de Julie et Melissa, notamment dans un lieu de débauche à Charleroi ?

- Comment et quand Julie et Melissa sont-elles mortes ?

- Pourquoi a-t'on enlevé Julie et Melissa ? Quel est le mobile de la séquestration, puisque l'instruction tend à démontrer qu'elles n'auraient pas été violées ?

En janvier 1999, Mme Thily, Procureur Général de Liège, avait promis par courrier des réponses officielles aux questions déjà posées en mars 98 par le Comité de Soutien. Nous les attendons encore.

La volonté affichée du juge Langlois de réduire Dutroux à "un prédateur isolé" et d'accréditer sa version des faits et celle de la défense, l'a conduit ces derniers mois à des contorsions effrayantes de l'instruction : ! un rapport tardif de nutritionniste (suite à de nouvelles versions de M. Martin...) pour établir à tout prix que des petites filles de 8 ans ont pu survivre pendant 104 jours dans une cache de 3 mètres cube, sans ventilation ni lumière, en se nourrissant de conserves dont l'existence n'a même pas été établie... ! une "contre expertise" de l'autopsie des corps des deux fillettes visant à introduire le doute sur les abus sexuels constatés par un collège de trois médecins légistes [ndlr : voir la Lettre ouverte de Carine Russo].

La véritable leçon des événements de 1996 n'a pas encore été comprise.

Une instruction, un procès impliquent nécessairement, en démocratie, l'égalité des chances entre parties en cause, partie civile et inculpé.

Lors de l'arrêt spaghetti, on a reproché au juge Connerotte d'avoir été partial en étant soi-disant trop proche d'une des petites victimes de Dutroux et consorts.

Que doit-on dire alors du juge Langlois qui obtempère sans réserve à la demande de contre-expertise de l'inculpé (Dutroux) et refuse catégoriquement aux parties civiles (les parents de Julie et Melissa) l'accès aux conclusions de l'expert désigné suite à la demande de l'inculpé.

Comment, dans ce dernier cas de figure, un juge d'instruction qui, manifestement, favorise une partie en cause au détriment de l'autre, au point de lui nuire, peut-il encore être autorisé à poursuivre l'enquête ?

Sa partialité n'est-elle pas ici particulièrement flagrante ?

Encore invoquerait-il une notion juridique telle que le secret de l'instruction à l'égard des victimes pour se justifier, nous ne pourrions y voir, de la part de Monsieur Langlois qu'une nouvelle confusion entre le droit et la justice et donc une violation caractérisée des droits humains à une époque où il est demandé aux juges de se départir d'une compréhension classique de leur rôle. Monsieur Langlois appartient à la catégorie de ceux qui n'ont rien compris au rôle actuel du juge dans l'État de droit ou, ce qui est plus grave, ne veulent pas comprendre.

Le 30 mai dernier, sur le plateau de l'émission télé Controverses (RTL-TVI), les représentants de quatre partis politiques francophones se sont dit favorables à la mise sur pied d'une nouvelle Commission d'enquête parlementaire sur les enfants disparus et assassinés afin de poursuivre le travail interrompu.

Le président Verwilghen et plusieurs membres de la Commission d'enquête ont proclamé publiquement leur conviction que Dutroux n'est pas isolé mais faisait bien partie, dès 1984, d'un réseau pédo-criminel qui relève du crime organisé.

Ils ont rappelé l'opposition de la Commission au "saucissonnage" des dossiers qui sort Dutroux de son contexte de pluri-criminalité, et la recommandation faite dans le deuxième rapport de la Commission d'ouvrir spécifiquement dans la région de Charleroi, une enquête de grande envergure sur la corruption [...] d'examiner à charge et à décharge, tous les soupçons qui pèsent depuis des années sur des policiers ainsi que des magistrats.

Ils ont révélé, entre autres freins et pressions de la magistrature sur leurs travaux, que le juge Langlois avait dissimulé des indices de protection de Dutroux à la Commission .

Marc Verwilghen a promis de faire rouvrir le dossier Derochette sur ses liens éventuels avec Nihoul et consorts et de faire entreprendre une enquête complémentaire sur l'Affaire X1 et La champignonnière. Bref, d'obliger la Justice à dire la vérité !

Ces propos courageux n'ont pas échappé aux citoyens que les grands médias ont tenté d'assoupir et qui ont, au contraire, par les voies de préférence, accordé massivement leur confiance, aux élections de juin dernier, aux membres de la Commission qui se sont montrés dignes de la mission cruciale qui leur avait été confiée, tant du point de vue humain que pour la sauvegarde de la démocratie.

Par son vote, la population a dit non à une Justice qui continue d'abriter, comme si de rien n'était, les responsables de dysfonctionnements dont chacun connaît les effets désastreux, sans qu'aucun de ces responsables n'ait été sanctionné.

Elle a exprimé clairement son refus d'une Justice qui, selon des informations nombreuses et toujours mieux étayées, accepte que soient pratiquées l'intimidation et les pressions sur les enquêteurs dont l'unique erreur consiste à vouloir faire leur travail convenablement et jusqu'au bout.

La population belge acceptera-t'elle cette pratique judiciaire qui a fait que la rupture est à présent consommée entre la justice et les parents des petites victimes. Une justice qui accule ceux-ci à poser des actes extrêmes telle la lecture publique par Gino Russo des passages les plus insoutenables dans leur évidence du premier rapport d'expertise, tel le cri de désespoir et de révolte de Carine Russo dans sa lettre ouverte au juge Langlois. La population belge tolèrera-t'elle l'intolérable ?

Comité de soutien
aux parents de Julie et Melissa



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LE SOMMAIRE DU NUMÉRO 220

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