Staline, Hitler et Pol Pot l'ont fait...

Jospin le promet,
le plein emploi
est pour demain...

Le plein emploi de papa, c'était les femmes à l'usine d'armement pendant que les hommes étaient au front, les camps de rééducation par le travail ou les porteurs de lunettes dans les rizières, histoire de leur apprendre ce qu'être productif voulait dire...

Le plein emploi d'aujourd'hui, celui que nous annonce Lionel Jospin pour dans dix ans, c'est tout différent : c'est celui vers lequel tendent les États-Unis avec leurs 4% de chômage et leurs 2% de la population active derrière les barreaux. C'est celui du glissement progressif vers le workfare dans les social-démocraties européennes, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne... C'est la société rêvée où des millions de working poors misérablement payés à accomplir des tâches inutiles ou nuisibles n'auraient plus l'outrecuidance d'alourdir les chiffres du chômage et, partant, le scintillant bilan gouvernemental de la gauche plurielle.

À l'heure où 87% des embauches sont des contrats à durée déterminée n'ouvrant aucun droit à l'assurance chômage, où le travail intérimaire connaît une expansion sans précédent, où des centaines de milliers de jeunes privés de revenu sont contraints de se vendre à bas prix au premier MacDo venu pour payer leurs études, échapper à leur famille ou en compléter les ressources, le gouvernement Jospin affecte l'exceptionnel excédent budgétaire de 68 milliards de francs à un allégement d' impôts pour les classes moyennes et à une baisse de la TVA pour des secteurs d'activité où la précarité règne en maître (bâtiment, restauration...). De l'augmentation des minima sociaux (chiffrée par le même Jospin à 70 milliards en janvier 1998, coïncidence?), avec lesquels tentent de survivre 6 millions de personnes en France, il ne sera pas question : l'horizon radieux du plein-emploi promis sous décade serait sans conteste assombri si par malheur, chômeurs et travailleurs précaires se trouvaient en position de refuser les CES de vigiles à mi-temps et autres emplois-jeunes à la Cogema dans lesquels on voudrait à toute force les insérer.

Monsieur Jospin, nous n'irons pas dans votre plein-emploi, nous avons bien mieux à faire qu'être embauchés dans votre usine. Nous ne demandons pas qu'on nous trouve une activité, nous n'en manquons pas. Nous voulons conquérir les moyens de développer librement les activités et les formes de coopération productive que nous jugeons belles et nécessaires. Vous avez su par le passé utiliser des mois de salaire conséquents et délicieusement libres de toute contrainte afin de réaliser vos projets. Lorsque des personnes malveillantes vous l'ont reproché vous leur avez fort justement répondu que vous en aviez profité pour agir. Nous aussi, nous agissons et nous produisons tous les jours des choses infiniment plus passionnantes et utiles que de reconstruire le Parti Socialiste en vue de gagner les élections législatives... ou présidentielles. Aujourd'hui, lorsque vous ne voulez à aucun prix relâcher la contrainte salariale qui s'exerce sur la multitude, lorsque vous vous refusez à garantir à chacun des moyens d'existence, comme le réclament les mouvements de chômeurs et de précaires, vous vous posez en défenseur de possédants arqueboutés sur leurs privilèges. Soyez attentif toutefois, ceux que vous dites assistés et à qui vous promettez l'emploi comme une récompense sont tout prêts à mordre la main que vous leur tendez: la violente inégalité sociale que vous cherchez par tous les moyens à maintenir pourrait bien susciter de nouvelles nuits du 4 août. Avec ou sans emploi, revenu garanti au smic pour tous !

Collectif pour
un revenu garanti optimal
21ter rue Voltaire 75011 Paris



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