Alternative Libertaire

Pour
l'autonomie
du mouvement
social !

En France, une centaine de militants et militantes du mouvement social lancent cet Appel le 14 octobre 1999.
 

Les dernières échéances électorales ont mis en lumière une profonde crise de confiance dans les modes de représentation politique, confirmée lors des européennes par l'ampleur des abstentions, des votes nuls, blancs et protestataires : perte de légitimité des institutions politiques, crise des repères démocratiques, crise de la délégation de pouvoir, crise de la fonction et de la forme "parti", sur fond d'une crise de société.

À la tête de la plupart des États de l'Union européenne, les gouvernements sociaux-démocrates n'ont plus d'autre ambition que de gérer le système capitaliste tel qu'il est, s'accommodant des inégalités croissantes et des injustices sociales, du chômage, de la précarité de masse et des exclusions, des discriminations subies par les femmes, et de la relégation d'une partie grandissante de la population, notamment celle issue de l'immigration, dont les sans-papiers.

Pendant ce temps la crise sociale s'exacerbe, la misère croît, et, faute d'une perspective de transformation de la société, c'est le spectre réactionnaire qui continue à grandir en Europe (fascisme, intégrisme, racisme, homophobie, sexisme).

Cette situation est aggravée par la responsabilité de forces sociales et politiques qui, au lieu de défendre les intérêts des salarié(e)s et des sans-emploi, apportent en fait un soutien plus ou moins objectif aux politiques néo-libérales, renforçant l'idée qu'il n'y aurait pas d'alternative.

Pourtant depuis des années, et particulièrement depuis les grèves de 1995, des mobilisations ont su bousculer ce consensus autour de la pensée unique et contester radicalement la logique du profit : luttes des chômeurs et des salarié(e)s précaires, des mal-logé(e)s, des sans-logis et des SDF interdits de mendicité, des sans papiers, des femmes, des jeunes, des coordinations d'enseignant(e)s et de parent(e)s d'élèves, luttes pour la préservation de l'écosystème, et mobilisations des réseaux de résistance à la mondialisation de la loi du marché (Coordination contre l'AMI ; manifestations contre l'OMC ; Marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions ; Marche mondiale des femmes ; réseaux ATTAC ; Réseau d'alerte sur les inégalités...)

À partir des valeurs et des alternatives qu'elles portent en commun, ces mobilisations concourent à des initiatives unitaires à tous les niveaux, tant local que national et international. Convergences qui font de ces dynamiques de luttes un véritable mouvement social.
 

Nous, militant(e)s associatif(ve)s et syndicalistes, sommes convaincu(e)s que de ce mouvement social peuvent émerger les éléments d'un nouveau projet de société, s'il réussit à fédérer ses revendications. C'est en opposant des projets alternatifs portés par les luttes que nous ferons vraiment reculer le néolibéralisme, la logique capitaliste, le "tout-profit".

Le mouvement social, même s'il n'est pas le seul espace d'élaboration, soulève en effet des enjeux essentiels, comme la redistribution des richesses et celle du travail. C'est lui qui a montré que s'attaquer frontalement au chômage, à la précarité et aux exclusions pose la question de la nature du travail, de sa dimension aliénante, et de l'utilité sociale et écologique des productions... C'est lui encore qui a posé la question de l'égalité devant et par les services publics, instruments de lutte contre les discriminations et de justice sociale. Il s'agit bien d'un choix de société : celui d'une solidarité active, dans le sens d'une égalité d'accès aux droits fondamentaux, contre celui d'un "consensus républicain" autour du libéralisme sauvage, allant jusqu'à la criminalisation, le traitement policier et carcéral de la crise sociale.

Nous affirmons le choix de l'autonomie du mouvement social, c'est-à-dire de l'ensemble des mouvements sociaux sous leurs formes diverses : associations de lutte, syndicats, coordinations, réseaux... Ce qui repose la question de l'indépendance de ces structures vis-à-vis du gouvernement et des partis, et du refus des simagrées de prise en compte des mouvements sociaux, des tentatives de récupération de toutes sortes, avec les détournements de personnes dans des fonctions péri-gouvernementales ou sur des listes de candidature électorales.

L'autonomie du mouvement social, sa capacité à mobiliser à travers des pratiques imaginatives d'action et de démocratie directe et collective, permettront d'inventer des formes nouvelles d'expression ouvrant la voie à de nouveaux projets pour la société. C'est ainsi, à partir d'une position de pleine autonomie, dégagée des préoccupations de gestion du système et des institutions, que le mouvement social pourra, selon nous, s'imposer dans le débat, et imposer d'autres choix aux décideurs économiques et politiques.

Or, durant les mois qui viennent, le mouvement social va se confronter aux tenants du libéralisme et au gouvernement sur un grand nombre de questions politiques majeures :

Contre la loi Aubry et son second volet, loi qui est en train de gâcher l'espoir d'une véritable réduction du temps de travail en généralisant l'annualisation et la flexibilité au profit des seuls employeurs. Pour les 32 heures sans réduction de salaire et avec les embauches correspondantes. Contre les licenciements et pour des emplois statutaires pour tous les précaires. Contre le temps partiel imposé, qui concerne notamment les femmes. Contre l'institutionnalisation d'une santé à deux vitesses (plan Johannet...). Contre l'école néolibérale d'Allègre, qui aggrave la concurrence, l'exclusion et le tri social. Contre les fonds de pension, et pour le maintien du système de retraites par répartition. Pour la réquisition immédiate des logements vides. Pour la régularisation de tous les sans-papiers et la liberté de circuler. Pour une augmentation immédiate et substantielle des minima sociaux, notamment les revenus des chômeurs. Pour une redistribution des richesses passant notamment par une augmentation des salaires et une taxation des profits et des fortunes. Contre le démantèlement des systèmes sociaux, auxquels la logique libérale veut susbtituer des instances privées ou caritatives...

Pour toute réponse, nous avons assisté ces derniers mois à une répression systématique, à une criminalisation d'actions militantes (luttes contre le chômage, actions de solidarité aux sans papiers, actions contre les trusts agro-alimentaires), qui s'est traduite à plusieurs reprises par des condamnations scandaleuses, avec notamment la privation des droits civiques pour certains.

Dans ce contexte, nous nous engageons à contribuer énergiquement à un développement des luttes sociales et à leur convergence, pour des logiques alternatives assurant à toutes et tous l'accès aux droits fondamentaux.


Cet Appel est soutenu notamment par : BERTHUIN Jérémy, CNT Éducation RP ; BLUCHE Jean-Pierre, Ptt CNT 75 ; DAMIENS Jean-Michel, CNT Subtp Somme ; GASTALDI Fédérico, Sub RP CNT ; GERACE Jean-Christophe, CNT Spectacle ; GUILLERMIC Hervé, CNT Spectacle ; MORISSET Serge, CNT Ptt 78 ; MOULIN Patrick, CNT 48 ; ROMNÉE Raphaël, CNT Ptt ; TOUBLET Jacques, CGT correcteurs.


Libertaire Anarchiste Anarchisme Franc-Maconnerie

franc-maconnerie anarchisme http://pagesperso-orange.fr/libertaire/campion.html


franc-maconnerie anarchisme