Alternative Libertaire
Bori-rage

Cerise


Misère sociale
et charité chrétienne


Je me suis permis d'emprunter le titre de cet article à Louis Savary et à Jean-Claude Derudder qui avaient déjà réalisé un cours métrage sur l'aspect social de la vie dans la région du Borinage, dans les années 1970. Ce film a été étouffé dans l'uf, avec la complicité des Maisons de la Culture, sans doute pour ne pas déplaire aux autorités responsables.

Misère au Borinage

Nous voici en 1998. Patric Jean, originaire de Quaregnon, a été marqué par Misère au Borinage, le film tourné dans la région, par Henri Storck, en 1933. Ce film retrace la vie des ouvriers mineurs qui, à l'époque, représentaient la majorité de la population, et décrit avec beaucoup de réalisme leurs pénibles conditions d'existence. De retour dans son Borinage natal, Patric Jean constate que peu de choses ont changé Il décide d'écrire une Lettre à Henri Storck, Les Enfants du Borinage. Mr Storck a tout juste le temps d'en prendre connaissance, il décède quelques semaines plus tard.

C'est dans la salle du Plaza de Mons que le film a été présenté au public régional pour la première fois, le 24 septembre 1999. La caméra pénètre à l'intérieur d'un taudis dans lequel vivent une mère et ses quatre enfants... les spectateurs ne peuvent retenir un murmure d'effroi. Cela se passe près de chez nous. Nous découvrons des êtres humains, assistés pécuniairement par les CPAS, mais abandonnés par les structures qui devraient leur permettre d'apprendre à lire, et à gérer leur vie quotidienne, ils vivent, isolés de tout contact avec les autres citoyens.

Malgré cent ans de gestion "socialiste", les exclus du régime, qui ne sont plus les travailleurs du fonds de la mine, mais les minimexés, les sans emploi, sont toujours là. Cette misère se transmet de génération en génération. Les enfants sont directement dirigés vers des écoles d'enseignement dit spécial, dont les professeurs, nullement motivés, se contentent d'assurer un minimum de gardiennage. Les assistants sociaux restent assis derrière leurs bureaux, au lieu de se trouver sur le terrain. Un adulte d'une trentaine d'années, passé par cet "enseignement" spécial, conscient de l'impasse vers laquelle il a été conduit apparaît à l'écran. Il nous explique que faute d'instruction élémentaire, il ne sait ni lire, ni écrire...
 

Patric nous interroge sur la cause de l'existence de ces exclus, à l'aube du vingt et unième siècle. Les politiciens au pouvoir dans la région sont-ils incapables de réagir aux problèmes posés.

C'est avec beaucoup de talent que Patric Jean nous explique qu'il ne s'agit pas d'une incapacité, ni d'une démission, mais d'une volonté. En conservant un sous-prolétariat qui n'a pas bénéficié de l'instruction à laquelle il a droit en tant que citoyen, les barons rouges disposent d'un électorat taillable et corvéable à leur merci. Quelques lettres de soi-disant interventions pour l'obtention d'une maison, ou d'un emploi, courrier, qui, de plus, bénéficie de la franchise postale payée par la collectivité, assurent un contingent de voix non négligeable. D'accord pour le suffrage universel, pourvu qu'il soit manipulé. Les dimanches d'élection, les camarades candidats organisent des ramassages d'électeurs.

Après avoir brossé un portrait de tous ces gens abandonnés dans leur quart monde, Patric Jean interroge deux Bourgmestres directement concernés. André Col, premier citoyen de Quaregnon est tellement fier de rappeler les cents ans de gestion socialiste qu'il trône devant la Charte de Quaregnon, en annonçant qu'il n'y a plus de pauvres dans le Borinage, mais bien des assistés. Le public est à peine remis de cette intervention que l'on pourrait, à la rigueur, qualifier de candide, qu'il reçoit en pleine gueule, celle cynique du Mayeur de Colfontaine, Yvon Biefnot : J'ai beaucoup voyagé, et j'ai vu des bidonvilles, des taudis, au Caire, à Casablanca ou ailleurs. Mais là les gens sourient. Les enfants jouent avec des ballons. Les filles se tressent les cheveux. Et ici, on tire la gueule !!! Cette intervention déclenche la réprobation bruyante de toute la salle. À tel point que l'orateur suivant, qui n'est autre que Maurice Lafosse, dont tous attendaient avec impatience l'intervention, voit ses propos couverts par le chahut de la salle. Il paraît que l'on n'aurait rien perdu, Maurice ayant été moins bon que de coutume. Solidarité et hiérarchie socialiste oblige, on a beau être Bourgmestre de la Ville de Mons, il convient de laisser la vedette au Président du Parlement wallon.

Interrogé après le film quant aux réactions éventuelles des politiciens mis en vedette, Patric Jean tient clairement le discours suivant : Ils ont été invités à la première, il savent ce qu'ils sont dans le film, mais ils ne sont pas venus. Je pense que les extraits choisis sont représentatifs de ce qu'ils m'ont dit. S'ils pensent que j'ai trahi leur pensée, je les invite à m'attaquer en Justice. On regardera ensemble les rushes, on y trouve encore des choses plus intéressantes. Le problème n'est pas financier, c'est un question de choix de société. Une minorité s'enrichit au-delà de toute mesure pendant qu'une majorité croissante rencontre la misère. On nous a éduqués dans un système idéologique qui nous fait croire que nous avons le choix entre un communisme de style URSS, ou un capitalisme total. Or, c'est faux, on peut développer un autre type de société. Encore, faut-il le vouloir...

Il est évident que cette manière d'agir pour conserver précieusement ses fidèles électeurs, n'est pas l'apanage des Maisons du Peuple. Du côté de la charité chrétienne organisée dans les églises et dans les cercles catholiques, on a aussi, telles les dames patronnesses, chères à Jacques Brel ses pauvres à soi.

L'asbl Jean-Marie Vianney

L'asbl Jean-Marie Vianney, 8 place de Flandre à Mons, est une association créée le 31 mars 1988 par Jacques Richard, né le 12 septembre 1949, actuellement officiellement à Virton, 90 avenue Bouvier, St Mard, mais en réalité, toujours à Mons, 8/22 place de Flandre.

Jacques Richard se fait appeler Frère Jean-Marie, et s'entoure de personnages importants, tous catholiques pratiquants, de tendance intégriste : Mme Morel de Westgaver, Anne de Baisy Thy, Mr de Briey Christian de Virton, Mr de Limon Triest Alfred de Kraainem, Mme Nicolas de Cock de Rameyen de Baisy Thy, Mme Thierry le Maistre d'Anstaing de Mons, le Prince Richard de Mérode, le Baron André de Moffarts, le Baron Philippe Edouard d'Otreppe de la Bouvette, le Baron Bernard Snoy, la Comtesse Emmanuel d'Ursel, le Baron Emmanuel van Zuylen van Nyevelt. La rubrique nécrologique de la Libre Belgique permet à Jacques Richard de solliciter des dons de la part des héritiers pieux et fortunés.

Voici un extrait des statuts de l'association : L'association a pour objet de favoriser, développer toute activité qui puisse directement ou indirectement permettre l'entraide, la charité ou exprimer l'amour selon le message et l'invitation de l'évangile, tant sur le plan spirituel que matériel. Notamment, mais de façon non exhaustive et non limitative, s'occuper des pauvres, des personnes handicapées, aider les jeunes à trouver un emploi, secourir toute personne en difficulté, sans poser de jugement de valeurs, mais dans le but de l'assister bénévolement, accueillir chaque frère digne de respect et d'amour. La vie de saint curé d'Ars et celle de Saint-François sont des références.

Jacques Richard se fait connaître du monde catholique avec l'aide de l'asbl Caritas Secours, 61 rue Joseph Lefèvre à Marcinelle. Les dons sont effectués sur le compte de cette dernière asbl, qui porte le n 260-0174363-26. À noter qu'au passage Caritas Secours prélève 5% pour sa caisse personnelle. Comme cette association est reconnue, chacun des généreux donateurs reçoit une attestation fiscale, afin de pouvoir déduire la somme qu'il a versée de sa déclaration d'impôts.

En 1990, l'association achète les premiers taudis à la Chaussée du Roeulx à Mons. Les locataires y sont accueillis avec charité très chrétienne moyennant des loyers peu en rapport avec les lieux occupés : 9 à 15.000 fb par mois.

Le 9 juin 1995, acquisition d'un immeuble luxueux, 8 place de Flandre à Mons, pour une somme de plus de 16.000.000 fb. Jacques Richard s'y installera avec sa garde rapprochée.

Au 31 décembre 1996, l'asbl Jean-Marie Vianney est propriétaire de 98 immeubles situés à Boussu, Ciply, Cuesmes, Dour, Elouges, Estinnes, Flénu, Frameries, Givry, Ghlin, Hainin, Haulchin, Hornu, Jemappes, Mons, Pâturages, Quaregnon, Wasmes. On peut estimer le prix d'acquisition global de tous ces bâtiments à 90.000.000 fb.

Lors de l'arrivée d'un locataire, qui bien souvent émarge au CPAS, un bail à loyer est conclu. Il débute par les saintes paroles suivantes : L'asbl Jean-Marie Vianney s'efforce de vous aider à trouver un logement. L'amour suscité par le Seigneur, la foi et l'espérance en l'Amour s'expriment dans cette action réalisée pour la gloire de Dieu, notre Père. Cette activité ne s'inscrit pas dans un but financier même si le logement est conditionné par le paiement du loyer établi en fonction des obligations financières qui résultent pour l'association de l'organisation de cet hébergement social.

Le bail est conclu pour une durée de 9 ans. Il comporte 14 articles, dont la lecture du treizième est déjà édifiante : Si le loyer n'est pas payé dans les dix jours de son échéance, les montants impayés produiront de plein droit et sans mise en demeure un intérêt de 8% par an. En cas de non-paiement du loyer et de non-respect des engagements du preneur, il peut être mis fin au bail anticipativement à l'échéance et ce à la fin du mois en cours, sans qu'aucune instance extérieure ne puisse intervenir et sans obtenir d'indemnité du bailleur.

Le 28 avril 1997, un locataire qui accuse un retard de paiement de 3 mois, soit une dette de 26.050 fb, reçoit la lettre suivante : Dernier rappel avant expulsion. Votre compte en nos livres se présente comme suit (voir ci-dessus). La conciliation n'est pas respectée. Dans l'attente d'une réponse urgente de votre part, nous vous prions d'agréer, l'expression de nos salutations dévouées et distinguées.

Jacques Richard souhaite accélérer ses rentrées d'argent. Avec l'aide de Philippe de Wasseige de l'Étude du Notaire Maus de Rolley de Rochefort, il propose à certains locataires le rachat de leur immeuble. Il s'efforce de réaliser la vente avant l'échéance d'un délai de 2 ans à dater de l'achat pour récupérer les droits d'enregistrement. Afin d'obtenir le prêt hypothécaire, il certifie aux services du Crédit Communal ou de la BBL que le candidat acheteur paie son loyer régulièrement. Ces transactions débouchent bien entendu sur d'intéressantes plus-values (25%) du prix d'achat.

Les logements sont laissés dans un état d'insalubrité dépassant tout ce que l'on peut imaginer. Par exemple une maison louée 9.000 fb par mois ne comporte qu'une seule pièce au rez-de-chaussée, et une chambre à l'étage. La cuvette du WC est au milieu de cette pièce, et la porte d'entrée a été arrachée. Menacé d'expulsion pour non-paiement de loyer, le locataire voit ses meubles jetés sur le trottoir : Pâturages, rue du Rieu du Cour, 9, le 16 juin 1997.

Jacques Richard inscrit de fausses factures d'entretien d'immeubles dans la comptabilité de son association, ce qui lui permet de détourner la destination des fonds, avec la complicité d'un entrepreneur véreux. Par contre en 1995, des travaux sont effectués au domicile de Frère Jean-Marie, 8 place de Flandre à Mons, pour un montant de 3.000.000 fb.

Vous avez dit "charité chrétienne" ?

Bien que suite à une plainte de plusieurs locataires, un jugement ait été prononcé le 25 juin 1997. Cette exploitation continue.

Le 28 novembre 1997, l'asbl change de dénomination et de siège social, afin de contrer la mauvaise publicité Elle s'appelle à présent asbl Foyers Saint-Bernard, et son siège se situe, à Mons, 14 avenue des Bassins.

Camarades socialistes, frères chrétiens vos idoles vous abusent, que ce soit au Borinage ou ailleurs. Une seule chose compte pour eux : le fric et le pouvoir. L'un ne va pas sans l'autre. Seuls les termes changent.

Les calotins préconisent la charité, les socialistes l'assistance.

Supprimons les podiums. Tous sur la même marche.
 

Ni dieu ni maître.

 
Cerise


 

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