Alternative Libertaire

Dutroux, prédateur isolé ?

La vérité ?

Trois ans après la Marche blanche, l'obscurité créée autour de l'affaire Dutroux-Nihoul est telle que l'on peut se demander si la vérité sera fournie par l'enquête ou par l'Histoire, c'est-à-dire après 5 ans ou 50 ans.

Le meilleur moyen d'y voir clair est sans doute de revenir aux événements déclencheurs : l'enlèvement de Laetitia, suivi de l'arrestation de Dutroux et Nihoul. La question cruciale reste de savoir si cette arrestation conjointe a un sens. Dutroux et Nihoul étaient-ils associés dans l'enlèvement d'enfants, ou bien leur association a-t-elle été dramatisée à la suite de dérives de l'enquête ? Autrement dit : Dutroux est-il un prédateur isolé ?

Cette question devait faire l'objet d'un débat à la RTBF, après la projection du film Pure Fiction de Marian Handwerker, le 11 octobre dernier. Or, ce jour là, pour la première fois en 28 ans, il n'y a pas eu de débat à l'Écran témoin. Dès le départ, la direction voulait censurer le débat, en interdisant notamment d'inviter Françoise Van de Moortel - sous prétexte qu'elle défend des thèses réfutées par la Justice. Il fallait donc que le débat soit clos avant d'être ouvert. Tâche ardue pour un animateur. Malgré une liste importante de personnalités prêtes à participer au débat, celui-ci n'a pas eu lieu. La réponse de la télévision nationale à la question : Dutroux est-il un prédateur isolé ? est claire et ferme : Il faut qu'il le soit, sinon silence ! On connaît les efforts déployés auparavant par l'émission Au Nom de la loi (voir AL précédents) pour soutenir cette thèse. On connaît aussi le livre de René-Philippe Dawant, L'enquête manipulée, qui utilise des procès-verbaux falsifiés pour arriver à la même conclusion.

Le problème est que l'affaire Dutroux-Nihoul résiste aux tentatives de décervelage et de saucissonnage. Les grandes lignes de cette affaire ­ qui s'étend de l'assassinat de Julie et Melissa aux dossiers X ­ sont tracées dans le film Pure Fiction. Celui-ci montre les liens entre un petit prédateur enlevant des enfants pour le compte d'un homme d'affaire, qui les livre ensuite à un groupe de pervers de la haute société. On peut rétorquer qu'il ne s'agit que d'une fiction. Pourtant le film est fondé sur une documentation solide et sur des témoignages de première main qui n'ont pas été pris en considération par la justice. Car il existe une volonté de vider le dossier Dutroux de tout ce qui établirait qu'il ne s'agit pas d'un simple fait divers. Pour cela, il faut effacer les liens entre Dutroux et Nihoul. Mais les faits sont tenaces. Plusieurs témoins confirment avoir vu Dutroux et Nihoul ensemble à Bertrix, la veille de l'enlèvement de Laetitia. L'alibi de Nihoul pour ce jour ­ fourni par un autre suspect - s'est révélé faux. Dans les heures qui ont précédé et suivi l'enlèvement, Dutroux et Nihoul se sont téléphoné à de nombreuses reprises. De plus, Laetitia a entendu Dutroux téléphoner à quelqu'un pour dire Ça a marché !, et elle a entendu citer deux prénoms Michel et Jean-Michel...

Comment expliquer les liens entre le prédateur de province et l'escroc bruxellois ? Et surtout comment expliquer l'importance "nationale" prise par ces deux personnages médiocres, provoquant quatre réunions de la direction de la RTBF et la suppression d'un débat télévisé ? La réponse se trouve, en partie, dans les travaux de l'ex-commission d'enquête parlementaire sur les disparitions d'enfants, au chapitre Réseau relationnel de M. Nihoul. Ce réseau est la clef du secret qui empêche tout débat public sur le sujet.

L'escroc flambeur et partouzeur entretenait des liens étroits avec des ministres et des officiers de gendarmerie, un milieu impliqué dans une affaire de murs du début des années 80 (les Ballets roses), qui fut considérée comme une affaire d'État, et qui serait à l'origine de l'incendie du journal Pour. Il semble que le débat gênait déjà, à l'époque. Face à de telles atteintes à la liberté d'expression et aux blocages de la Justice, la condition indispensable pour ne pas attendre la vérité pendant cinquante ans, est sans doute la création d'une nouvelle commission d'enquête parlementaire.

Marc Reisinger


Association Pour la vérité
27 rue de la Vanne à 1000 Bruxelles
tél. 02/640.46.28
pour.la.verite@club.worldonline.be



 

Libertaire Anarchiste Anarchisme Franc-Maconnerie

franc-maconnerie anarchisme http://pagesperso-orange.fr/libertaire/campion.html


franc-maconnerie anarchisme