Alternative Libertaire

Lettre ouverte
aux Écolos
participationnistes

Anne Martin

Chers vous tous...

À un peu moins de trois mois de participation des Écolos aux divers gouvernements, est-il permis à l'électeur vert de porter un regard critique, voire une motion radicale de défiance sur ce début de législature ?

J'ai voté aux européennes pour Vincent Decroly et de ce fait ma voix profite au parti Écolo. Je tiens à expliquer ma démarche, je ne suis pas naïve, je savais très bien qu'en acceptant le jeu des élections sans mandats impératifs, ma voix pouvait être utilisée à d'autres fins que celles recherchées. Comme d'autres militants des Comités blancs, j'ai voulu que mon vote soutienne des personnes qui se sont distinguées par leur action politique en faveur de la recherche de la vérité sur les enquêtes criminelles impliquant (pour le moins) une défaillance des structures de l'État. Dans l'Affaire Dutroux, en particulier, de nombreux "dysfonctionnements" ont été mis à jour par un travail parlementaire remarquable. Je voulais que mon vote perpétue ce désir d'éclaircissement des responsabilités du personnel de l'appareil étatique (police, magistrature) afin de le sanctionner et afin aussi de limiter leur pouvoir en montrant comme il lui est facile de "dysfonctionner". Mon vote et ma lutte dans les Comités blancs ne demandent pas une réponse sécuritaire ; voter Decroly, c'est voter à gauche du PS et d'Écolo.

Les socialistes du siècle passé ont décliné pendant un siècle pour devenir ce qu'il sont aujourd'hui, sociaux-démocrates ou libéraux light. Quel constat peut-on tirer (doit-on tirer) de la participation écologiste ? C'est qu'il ne leur a fallu que quelques mois pour arriver à une politique fascistoïde avec les socialistes et libéraux. Fascistoïde, parce que je ne vois pas ce que c'est d'autre qu'une politique à droite de la droite. Le Pen et Nols en parlaient des charters, aujourd'hui, c'est fait. La police fait des faux, rafle les gosses à l'école, garde les camps de concentration (c'est le juste mot, c'est là qu'on concentre les populations indésirables).

En une phrase, elle traque des êtres humains (malades et mineurs d'âge compris) qui n'ont pas commis de délit, afin de les enfermer malgré leur innocence. Le pouvoir politique cautionne. Quelle énergie gaspillée ! En parlant de Tsiganes, moi, c'est l'image d'un gamin d'une dizaine d'années qui me vient à l'esprit. Ce petit garçon gitan mutilé sexuellement, coupé en morceaux et retrouvé dans un sac de sport jeté à l'eau à Anvers. La presse en a fait peu écho. C'était il y a trois mois. Un début d'enquête semble montrer que la prostitution enfantine n'est pas rare à Anvers.

Je reviens aux mandataires politiques, principalement aux Écologistes. Et je me demande s'ils n'en n'ont pas rien à foutre des gosses violés et trucidés,

contrairement à ce qu'ils laissaient entendre lorsqu'ils étaient dans l'opposition. S'ils ne démissionnent pas, est-ce que la politique à venir répondra aux diverses questions que je me pose ?

1. Sur l'argument économique, d'abord. En quoi le renvoi de x personnes indésirables en Belgique est bénéfique aux caisses de l'État ? Car combien coûte la maintenance de l'outil des expulsions (police, centres fermés, magistrats statuant sur le droit d'asile, appel et Conseil d'État, Office des étrangers... et les billets d'avions, tout gain pour le privé !) ?

2. Comment justifieront-ils, pour le rapatriement des Tsiganes, le non-respect des conventions des droits humains ?

3. La Belgique ne risque-t-elle pas une condamnation de la Cour Européenne et donc une amende ?

4. Qu'est-il fait pour contrer l'exploitation des illégaux ? Pourquoi les sanctions pénales contre ces exploiteurs sont-elles si faibles ? Que risque le propriétaire qui loue aux sans-papiers ? La famille Trucmuche devra-t-elle se passer de la femme de ména- ge polonaise ? Oh, angoisses. Stop à l'hypocrisie.

5. Les Écologistes finiront-ils par distinguer les migrations humaines de l'immigration et adapter leur politique ?

Les phénomènes que l'Europe cherche encore à affronter comme des cas d'immigration sont au contraire des cas de migration. Le tiers-monde est en train de frapper à la porte de l'Europe, et y entre même si l'Europe n'est pas d'accord. Le problème n'est plus de décider (comme les politiciens feignent encore de le croire) si on admet à Paris des étudiantes avec le tchador ou combien de mosquées on doit ériger à Rome. Le problème est qu'au prochain millénaire () l'Europe sera un continent multiracial, ou si vous préférez, "coloré". Si cela vous plaît, ce sera ainsi ; et si cela ne vous plaît pas, cela sera ainsi aussi. L'immigration est contrôlable politiquement, les migrations non ; elles sont comme des phénomènes naturels. Umberto Eco, Cinque scritti morali, 1997.

6. Il ne s'agit donc pas d'un problème belge ou européen mais bien mondial : comment gérer les ressources et les richesses de la planète. Est-ce en laissant les capitaux circuler librement alors que la personne humaine est rivée au sol ? L'argent est a-national, au-dessus des lois qui brisent l'existence. Celle de Semira, des Tsiganes rapatriés et des autres expulsés. Il ne sera jamais possible d'expulser humainement. Écolo, vous vous leurrez en le pensant.

7. Un dernier point pour Monsieur Morael et Madame Durant ou comment apprendre la langue de bois en trois mois sans méthode Assimil ! De cette dernière, entendu sur RTBF radio le lundi 4.10 à 13h, à propos de la problématique des réfugiés : Il ne faut pas sombrer dans l'irrationnel... C'est à ce genre d'argument qu'a été confronté le Mouvement blanc dans la législature précédente. Argument avancé par les membres de "l'appareil d'État" auquel, selon ses dires, appartient la vice-première Écolo. CQFD.
 

Anne Martin
(le 10 octobre 1999)




 

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