Alternative Libertaire

Le temps des rafles est revenu

Gun et Babar

Le mardi 5 octobre 1999 à 17h50, un Tupolev slovaque s'envolait de l'aéroport militaire de Melsbroeck (Bruxelles) à destination de Kovice, en Slovaquie. Il transportait à son bord 74 réfugiés tziganes, déboutés du droit d'asile. C'était le premier "lot" des 450 Tziganes d'origine slovaque que le gouvernement belge a décidé d'expulser du pays.

Volontaires
pour se faire expulser

Après avoir été rassemblés par la police de Gand et de Tirlemont, les familles tziganes ont été mises en détention dans le centre d'enfermement 127 bis de Steenokkerzeel, véritable prison de haute sécurité pour sans-papiers déboutés du droit d'asile.

Dans la journée du 1er octobre, le Ministère de l'Intérieur a prétendu que les Tziganes s'étaient rendus de leur plein gré aux autorités et que tous acceptaient volontairement de retourner en Slovaquie.

Pourquoi, dans ce cas, les avoir enfermés derrière les grilles d'un centre fermé ?

Si l'on devait croire Antoine Duquesne, le Ministre de l'intérieur (libéral), le gouvernement n'arriverait plus à contenir le flot de candidats "volontaires" qui se pressent joyeusement aux portes des centres fermés pour se faire expulser.

En réalité, les Tziganes furent victimes d'une machination, perfidement préparée par les autorités, pour procéder à leur expulsion forcée. La convocation qu'ils ont reçue était pour le moins fallacieuse : Afin de compléter le dossier concernant votre demande d'asile, vous êtes invités, vous et votre famille, à vous rendre au bureau de police de Gand le 1er octobre. Dans l'espoir de pouvoir vous recevoir au jour- dit, je vous remercie d'avance. Signé : le commissaire de police.

Lorsque les Tziganes se sont présentés à cette "invitation", convaincus que l'administration allait enfin faire avancer leurs dossiers en vue de régulariser leur situation, le piège s'est refermé sur eux : ils furent arrêtés et maintenus en captivité jusqu'au moment de leur déportation. Une lettre identique fût également envoyée par la police de Tirlemont (Flandre) et le même procédé avait déjà été utilisé par les autorités communales de la ville de Verviers (près de Liège) pour tenter d'expulser deux sans-papiers au mois de janvier de cette année (voir Alternative Libertaire 215, p.11).

Face à de tels agissements, il n'est pas extravagant de faire remarquer que cette méthode avait également été utilisée par les nazis pour déporter des Tziganes et des Juifs dans les années 30 et 40.

Le bruit des bottes

Dans la soirée du vendredi 1er octobre où les Tziganes furent amenés au centre 127 bis, de nombreux manifestants se sont rassemblés pour protester devant les grillages du centre de détention. Parmi eux, se trouvaient plusieurs députés, qui furent violemment refoulés par des pandores casqués, boucliers et matraques aux poings, alors que, selon la loi belge, les parlementaires sont censés bénéficier d'un droit de visite à tout moment dans tous les bâtiments appartenant à des institutions publiques.

Aux fenêtres des cellules, les prisonniers avaient accroché des draps blancs afin d'attirer l'attention. On pouvait entendre des cris d'enfants, provenant du centre, qui déchiraient les alentours. La colère des manifestants fut calmée par la gendarmerie, à grands jets d'eau d'autopompes.

Les députés ont fini par obtenir l'autorisation de pénétrer dans le centre où ils ont pu prendre quelques contacts avec les réfugiés et constater qu'ils avaient bel et bien été emmenés contre leur volonté.

Les Droits de l'Homme ?
Le gouvernement
s'en moque !

Le lundi qui suivit la rafle des Tziganes, la Cour Européenne de Strasbourg fut saisie en "extrême urgence" par une famille tzigane ainsi que par la Ligue des Droits de l'Homme, au nom des 450 autres Tziganes visés par ces mesures.

Suite à ces requêtes, la Cour Européenne des Droits de l'Homme indiqua alors au gouvernement belge qu'il n'était pas souhaitable d'expulser les requérants vers la Slovaquie et invita les autorités à fournir les informations suivantes :

" 1.- Avant de décider de l'expulsion des requérants, les autorités ont-elles examiné l'allégation des intéressés selon laquelle ils seraient exposés au risque de traitements inhumains et dégradants en Slovaquie.

"2.- Comment s'explique-t-il qu'il soit procédé à l'expulsion des requérants vers la Slovaquie, avant que le conseil d'État ait statué sur les recours qu'ils ont introduits le 3 août 1999 et qui tendent à l'annulation et au sursis à exécution de la décision par laquelle, le 18 juin 1999, le Commissariat général aux réfégiés et aux apatrides leur a refusé le statut de réfugiés ?".

Malgré la demande de la Cour Européenne, le charter de la honte est parti, comme prévu, à 17h50. Le Ministère de l'intérieur affirme n'avoir reçu la demande officielle qu'à 18h15, soit vingt cinq minutes après le décollage de l'avion de rapatriement.

Or, la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) diffusait l'information sur les ondes dès 17h. Le document avait été envoyé par fax vers 16h au Ministère de la Justice, qui a donc mis 2h15 avant de le transmettre au Ministère de l'intérieur.

Sans doute pour ne pas laisser son Ministre de l'intérieur s'empêtrer seul dans la confusion et pour éviter de donner une image désorganisée du gouvernement, le Premier Ministre Guy Verhofstad (libéral, lui aussi) a alors repris les choses en main en déclarant du haut de tout son mépris : La demande de la Cour Européenne des Droits de l'homme ne présente aucun caractère contraignant. Bref, en Belgique, les Droits de l'Homme, on s'en tamponne... royalement.

Écolo : du compromis
à la compromission

Chez les Verts, on est en pleine crise de schyzophrénie. On peut, en effet, difficilement s'opposer à la politique d'expulsion des sans-papiers qui est actuellement pratiquée, tout en étant présent... au gouvernement.

Il faut savoir que depuis les dernières élections du 13 juin, le gouvernement belge est constitué d'une curieuse coalition, dite arc-en-ciel, regroupant des libéraux (bleus), des socialistes (roses) et des écolos (verts). Or, lorsqu'on mélange ces trois couleurs, tout ce qu'on obtient, c'est une jolie couleur... caca d'oie.

Le secrétaire fédéral Écolo, Jacky Morael, dans un courrier adressé samedi 2 octobre au Premier Ministre, se contente de critiquer uniquement la précipitation avec laquelle le rapatriement est organisé. Isabelle Durant, vice-première ministre Écolo, ne parle, quant à elle, que de dérapage. Si Magda Aelvoet, Ministre Écolo de la santé, réclame une enquête, elle précise cependant qu'il convient avant tout de respecter l'accord gouvernemental.

Cet accord gouvernemental prévoit l'expulsion de plusieurs milliers de réfugiés dans l'année à venir.

Pour beaucoup de militants de base et de sympathisants Écolos, c'est l'écurement.

Images surréalistes, certains députés Écolos continuent, malgré tout et contre la majorité de leur parti, de poursuivre le combat contre les expulsions... comme s'ils étaient toujours dans l'opposition.

Autant dire que l'ambiance au sein du parti est des plus tendues avec les Écolos gouvernementaux (participationnistes), partisans du "réalisme politique"...

De son côté, le mouvement social continue à mobiliser l'opinion, notamment en manifestant le samedi 9 octobre devant le sinistre Centre fermé de Vottem (près de Liège) avec toujours les mêmes revendications arrêt des expulsions fermeture des centres fermés, régularisation des sans-papiers liberté de circulation et d'installation.

Visiblement, un an après l'assassinat de Sémira Adamu par des gendarmes qui tentaient de l'expulser manu militari, et après cette première vague de déportation ethnique des Tziganes, la situation des sans-papiers ne s'est guère améliorée du fait de la participation des Écolos au sommet du pouvoir.
 

Gun et Babar
(8.10.99)




 

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