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ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE

Sus à l'ultra-capitalisme !

La survie de la planète
passe par la redécouverte
de la démocratie directe
et la restauration
des biens communs.

Paris, vendredi 15 octobre, 10h, place du Châtelet. Plus de 300 personnes, dont une délégation de nos vieux copains paysans du Larzac (1), se rassemblent à l'appel de la Coordination pour un contrôle citoyen de l'OMC. Juste un attroupement au milieu de l'éternelle manif des pollueurs sur quatre roues. Mais...

À l'issue d'une promenade en zigzag dans le métro, ponctuée de courses pour semer une police toujours prompte à empêcher les citoyens de faire leur travail de citoyens, nous nous engouffrons dans... les locaux de Vivendi.

Vivendi. 200 milliards de francs français de chiffre d'affaires 1998. 220.000 salariés dans une soixantaine de pays. Un bouillon de culture d'énarques, étroitement connectés à leurs semblables des banques, rompus à rafler par tous les moyens tout ce que leur structure convoite dans l'univers des services : l'eau en France et partout ailleurs, via la Compagnie Générale des Eaux (1er groupe mondial du secteur) la collecte et le retraitement des déchets les télécommunications (Cegetel en particulier) la publicité (Groupe Havas) le multimédia et la communication (AOL, UGC, Pathé, Canal +) l'édition (depuis Nathan, Larousse, Bordas, Le Robert, Les Éditions de la Découverte jusqu'à Courrier International, l'Expansion, l'Express, La Vie Française, en passant par le Quotidien du Médecin, etc.) le béton (Campenon Bernard SGE...) les transports (la Connex en Grande-Bretagne qui est l'une de ces sociétés constituées grâce au dépeçage de la Compagnie nationale des chemins de fer britanniques avec le succès que l'on sait) et puis l'énergie, le nettoyage industriel, le sport (Gymnase Club), la pénétration d'Internet... et des tentacules insérés dans maints autres secteurs et sociétés.

Vivendi, c'est aussi - comme Bernard Marris le rappelle opportunément dans Charlie du 13 octobre - 58.000 salariés français auxquels étaient vendues entre 5 et 10 actions chacun en 1998, tandis qu'une cinquantaine de dirigeants se partageaient gracieusement 1% du capital total en stock-options. Aucun doute, c'est ce qu'ils appellent le "capitalisme social".

La cible était bien choisie : nous occupions symboliquement l'une des entreprises protéiformes de la meute qui, tout en s'entre-déchirant, fond sur tous les biens non encore détournés, confisqués, saccagés par les prédateurs précédents.

Et, donc, de dénoncer à nouveau, devant les médias, que les décisions prises au sein des Conseils d'Administration des Transnationales - comme Vivendi - et au sein des organismes de coordination des politiques économiques - comme l'Organisation Mondiale du Commerce qui organise son sommet à Seattle -, sont parfaitement antidémocratiques -mais que néanmoins elles n'ont pas été prises sans le concours des appareils de la "démocratie représentative".

En particulier, le nouveau cycle de négociations de l'OMC vise à augmenter la déréglementation, la dérégulation dans tous les domaines (agriculture, alimentation, services publics, santé, environnement, investissement, culture, etc.), à démanteler les droits de douane, les droits sociaux, les droits relatifs à l'environnement et à la santé, etc. D'une façon générale, l'objectif est de casser ou contourner toutes les forces et tous les modes de régulation qui protègent les personnes, les communautés et les écosystèmes pour vampiriser tout à loisir la substantifique mlle de la vie, et la changer en billets de banque ou en stock-options. Il s'agit ni plus ni moins d'instaurer la dictature absolue du profit sur la véritable économie, celle de la vie où, de la bactérie à la biosphère, chacun peut flâner et créer en coopération avec les autres pour passer le temps le plus intelligemment possible. Demain - et demain est déjà commencé -, plus question de cela. Résolus à faire mieux que les vieux saigneurs de guerre, nos spéculateurs-technocrates fous sont en train de tenter un coup de force à l'échelle de la planète, à l'échelle de l'Apocalypse s'ils réussissent : prendre en otage la vie de chaque homme, la vie de chaque être vivant, la vie de toute la planète, pour les faire servir à leur enrichissement.

À nous non seulement de faire en sorte qu'ils échouent mais en plus de profiter de l'élan pour restaurer la convivialité.

Des emplois...
ou de l'autonomie ?

Alors que certains trouvent utile de défiler dans la rue pour que des emplois tombent du gouvernement et des conseils d'administration, il est bon de se souvenir que l'alternative emploi/chômage est un mécanisme d'asservissement créé par l'impôt étatique et la confiscation des biens communs qui protégeaient chacun du dénuement et assuraient l'autonomie des communautés. Par conséquent, la création de toujours plus d'emplois par les spoliateurs (au détriment de quels autres communaux ? Pour quelles productions ? Pour quelles nouvelles pollutions ?) n'est guère souhaitable.

D'autres, auxquels les précédents sont acoquinés, forgés dans les mêmes moules à clones que les collectionneurs de stock options, privatisent à tour de bras en clamant que, pour soigner les maux du capitalisme, il n'y a qu'une solution : davantage de capitalisme, et que le marché dérégulé est créateur de richesses. Il faut donc également rappeler que ces richesses-là sont produites en spoliant les communautés, du niveau local à l'échelle nationale, et maintenant mondiale, qu'elles ne sont que le produit illusoire de la mercantilisation et, donc, de la monétarisation des biens communs, des vies entre-tissées des écosystèmes, et des services gratuits de l'entraide. Les engouffrer dans le broyeur de la propriété privée et du commerce produit de la monnaie et des colonnes de chiffres dans des "bilans" d'où tout passif est exclu. D'autant plus que, parce qu'elles échappent à la règle de la dégradation des potentiels et sont donc thésaurisables, la monnaie instituée et les colonnes de chiffres se concentrent, autorisant des montages spéculatifs infinis uniquement basés sur une valeur sans relation au réel, et permettant des opérations de spoliation toujours plus importantes. Du papier et des courbes sur écran, voilà leurs "richesses" ! Ce sont ces artifices - et, bien sûr, l'augmentation du contenu de leurs poches - qui fascinent les propagandistes du libéralisme de marché. Et, quant à cela s'ajoute la multiplication virtuelle des données boursières par la magie de la spéculation sur la spéculation, nos brillantissismes "responsables" sont ivres de joie devant le spectacle de "la croissance".

C'est ainsi que, quand ils rasent une mangrove pour fabriquer du papier cul ou des baguettes japonaises jetables, quand ils ruinent les économies locales en imposant des produits industriels à prix cassés grâce au détournement des subventions publiques, quand ils vendent des succédanés de satisfaction pour oublier un instant le stress de l'inhibition de l'action, la solitude dans la foule, l'éloignement des lieux et des êtres que l'on aime, la misère sexuelle, etc., quand ils jettent des travailleurs à la rue ou des populations autochtones hors de chez elles, quand par la violence des armes, le carcan de la gabelle, la séduction de la consommation de superflu, la déréglementation libérale, ils cassent la gratuité, la réciprocité et l'autonomie conviviale pour imposer le salariat, la spéculation et le chômage, ils peuvent s'autoriser à plastronner sur la "création de richesses".

Plus ils détruisent, plus ils créent de richesses !

Small is beautiful
et bâtisseur de toute chose

Les vraies richesses, elles, que l'on peut sommairement évoquer par la diversité, l'homéostasie des écosystèmes et des sociétés, la beauté, la qualité, la convivialité, ont été changées en "ressources exploitables", puis en déchets et pollutions. Mais les chiffres ne disent rien là-dessus.

Beaucoup d'intelligences sont encore profondément marquées par les vieux mythes progressistes, universalistes et élitistes ; des schémas absolument non-relativistes qui disent surtout que la lumière ne peut se répandre que depuis le haut de hiérarchies himalayennes censées condenser la quintessence de la culture (2). Construits dans l'ignorance de la structure holistique du vivant, ces mythes ont largement inculqué le mépris du "petit peuple" : petits commerçants, petits paysans, petits artisans, petites entreprises, petit personnel, petit niveau local... de tous les "petits". Comme ils avaient hier servi à l'établissement de la domination de l'État des profiteurs en justifiant l'écrasement des cultures et des économies communautaires, ces mythes ont accompagné l'essor des constructions macro-uniformisantes qui ruinent les terroirs et toute la planète. Car, à force de ruptures avec le corps, avec "la nature", avec la vie des gens et de leurs écosystèmes, l'universalisme a rejoint l'impérialisme globalisateur et s'est perdu en lui.

Sur le terrain, cela s'est traduit par des encouragements à l'expansion des grandes surfaces commerciales et à la concentration du capital, des applaudissements au spectacle de la déstructuration des campagnes et à l'explosion des banlieues, la liberté de circuler accordée aux capitaux spéculatifs, les biens publics offerts aux copains et aux coquins, et, déjà, "l'harmonisation" par le bas de tous les dispositifs régulateurs qui empêchent encore de jeter dans la même arène, l'artisan, l'employé de PME ou le paysan indien, et l'étincelant gestionnaire bardé de quelques milliards de dollars empruntés à des retraités et à des petits épargnants, ou la nouvelle grosse fortune gonflée de subventions jamais remboursées.

La leçon de tout cela, et aussi la leçon des innombrables vies et espoirs immolés dans les élans pour l'émancipation qui n'ont accouché que de nouvelles dominations, c'est que la survie de la planète et la bonne vie de toutes ses populations passent par la redécouverte de la pratique de la démocratie directe et la restauration des biens communs (les communaux) du niveau local à l'échelle biosphérique.

N'en déplaise aux cerbères d'un simulacre démocratique principalement dévoué à la liberté d'action des prédateurs, la solidarité transnationale commence avec la défense des biens de chaque communauté au sein de son écosystème, du Larzac à la vallée de la Narrnada, et se développe avec l'appui aux proches du monde entier dans la défense de leurs propres biens.

Il est évident pour nous, que la transformation radicale de l'ordre politique, économique et social est un processus participatif qui doit être amorcé et contrôlé par le peuple et non par les institutions (...) Nous voulons seulement organiser notre force et la combiner avec la force d'autres mouvements dans le Nord et le Sud, afin de retrouver le contrôle de nos propres vies (M.D. Nanjundaswamy, association des paysans de l'État de Kamataka, Inde, présentation des motivations et des objectifs de la Caravane Transnationale dans Silence 244, mai 1999).

Après avoir constaté que les institutions modernes transformaient leurs compétences en déficiences, leurs traditions en obstacles, leurs espoirs en expectatives toujours déçues, ils ont cessé d'attendre ou d'exiger que ces institutions les intègrent, et transforment le rejet de celles-ci en une occasion de libération critique (... ) c'est une conscience qui, au Mexique, a été activée par un groupe d'indiens lucides et dignes qui se sont rebellés, au début de 1994, contre toutes les formes de l'oppression contemporaine, et qui commence à prendre le nom d'une révolution : la révolution des espaces communautaires et de la convivialité (Gustavo Esteva, extrait du livre Des ruines du développement paru dans Silence 246/247, juillet-août 1999).
 

Alain-Claude Galtié


1) "Vieux copains"... sauf quand ils se mettent en tête de chasser le loup parce que, c'est bien sûr !, la campagne n'appartient qu'aux hommes.
2) Exemple : la chronique condescendante et parisianiste de Dominique Bromberger qui, sur France Inter le lundi 18 octobre, tendait à assimiler la révolte contre la mondialisation du capitaliser à un mouvement frileux et franchouillard.

Indispensable : Dans le miroir du passé Ivan Illich, Descartes et Cie, 1994.

Coordination pour le contrôle citoyen de l'OMC : Observatoire de la mondialisation, 40 rue de Malte, 75011 Paris, 01.43.38.38.17.

Droits devant ! : 44 rue Montcalm, 75018 Paris, 01.42.58.82.22.


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