Rosetta,
précaire
de l'amour

C'est dingue :
Rosetta est un film d'amour,
et personne n'a l'air de l'avoir compris.

De tous ceux qui l'avaient vu avant moi, personne ne m'a présenté ce film comme tel. On me disait, C'est dur ! ou C'est un peu exagéré !

Exagéré ? Pas du tout. La Palme d'Or de Cannes ne s'y est pas trompée : la construction dramatique est bien ficelée. Saccadé oui, comme une vie de bouseux. Sans concessions. Cohérent, violent comme la misère.

Évidemment, ce qu'aucune bande de lancement ne vous présente, c'est que Rosetta est une garce. Pourquoi ? Parce qu'elle en crève. Parce que quand on crève de misère et en plus de solitude, on se construit des défenses comme des murailles. Le passe-muraille ? La haine. Rosetta dénonce son ami pour avoir son job. Et vous croyez peut-être que c'est seulement pour avoir son job ? Parce qu'elle rêve d'un job déclaré ? Vous voulez rire. La dignité, qu'est-ce que vous en faites ? Vous accepteriez, vous, de travailler en noir, comme boniche pour votre mec ? D'être la pute de ses petites magouilles ?

Rosetta ne sait plus comment il faut faire pour aimer. L'homme qui se présente à elle est sa planche de salut, et c'est aussi un petit fraudeur de merde. L'instinct de survie de Rosetta la guide... et la perd. Parce que la solitude, c'est la mort. Rosetta est une garce, elle mérite des claques. Elle le sait et elle veut en crever. Non Rosetta, le langage de la haine, lui, il le connaît aussi. Tu ne crèveras pas.

Les frères Dardenne sont de grands cinéastes. Rosetta ne crèvera pas, certes, mais on sait déjà que le chemin sera long pour réapprendre l'amour. Long, et qui sait... peut-être entrecoupé. Changements de direction, retours en arrière...

Ce parcours-là, il ne faut pas avoir vécu au Camping du Grand Canyon, pour l'avoir éprouvé. Les précaires de l'amour courent les rues, un adulte sur 3 à Bruxelles, vit seul. C'est énorme. Non, le célibat n'est presque jamais un choix. Oui, la solitude est étouffante. Et en plus, économiquement parlant, ce n'est pas vraiment une affaire. Enfin, combinée à la misère, la solitude vous rend farouche. Il n'y a plus que la haine qui passe. Cercle vicieux...

Heureusement qu'il y a dans la vie, des bonbonnes de gaz à porter à bout de bras. Pour pouvoir craquer, devant témoin de préférence. Merci Rosetta.
 

Antoinette Brouyaux

Libertaire Anarchiste Anarchisme Franc-Maconnerie

franc-maconnerie anarchisme http://pagesperso-orange.fr/libertaire/campion.html


franc-maconnerie anarchisme