libertaire anarchiste anarchisme

POING FINAL

Le Père Noël
est une ordure

C'est l'histoire d'un type qui arrive tout sourire et dit : Je suis le Père Noël de gauche, je vais vous faire un cadeau. Vous travaillez trop ? 39 heures ou plus par semaine ? Mais c'est énorme ! Allez, je sors Martine, ma baguette maléfique, et pif-paf, je vous donne les 35 heures. Et vous, vous êtes chômeurs ? C'est dingue ! Je ressors la Martine et plouf-plouf, la diminution du temps de travail des autres, elle vous la convertit en emplois pour vous. Alors, heureux ? Ça, c'est le côté confiture de la Tartine. Parce que, bien sûr, il y a une embrouille salée.

En réalité, la loi Aubry, c'est comme les colis piégés : c'est très attirant quand ça arrive et puis ça pète au nez .

C'est une loi : on croit qu'elle va s'appliquer de la même façon à tout le monde. Pas du tout ! Son application devra être négociée entreprise par entreprise. Autrement dit, là où les travailleurs sont forts et organisés dans des syndicats, ils obtiendront des conditions un peu moins pires qu'ailleurs. Et dans les dizaines de milliers de petites et moyennes entreprises d'où les syndicats sont absents, ce sera l'esclavage, encore plus que maintenant.

Parce que c'est bien ce dont il s'agit. En "échange" d'une diminution des horaires, les patrons obtiennent ce dont ils rêvent depuis des années : la flexibilité et l'annualisation des horaires. Ce sont des mots qui font moderne et compétent. Mais c'est quand même une embrouille. Juppé en a rêvé, Jospin le fait !

La flexibilité, c'est la possibilité pour le patron d'adapter au jour le jour les horaires à ses besoins. C'est ce que connaissent déjà, par exemple, ceux qui travaillent dans le nettoyage : 20h/24h et 4h/8h. Sympa comme horaire, ça laisse du temps dans la journée !!! Ou alors le coup de téléphone du chef le soir : La livraison a du retard, le camion n'arrivera qu'à midi. Donc demain vous embauchez à 14 heures au lieu de 8 heures et vous finirez à 22 heures au lieu de 17 heures. Vos enfants ? Ha ! Oui, c'est un problème, mais c'est le vôtre, pas celui de l'entreprise ! Aux États-Unis, les patrons appellent ça les workers on call (travailleurs au téléphone). C'est comme Pizza-Hut, mais c'est toi qui fais la pizza !

L'annualisation ? C'est simple, si tu travailles chez Coca, tu fais 48h, par semaine samedi compris de mai à septembre et tu prends tes vacances en novembre. Si tu travailles dans le jouet, c'est 48 heures par semaine d'août à décembre, vacances en mars. C'est bien aussi, non ? C'est pas demain que Mademoiselle Barbie et Monsieur Coca qui sont amoureux trouveront l'occasion de faire un enfant !

Travail à temps choisi propose la loi Aubry. L'expression est jolie... mais c'est une arnaque, comme le reste. C'est du temps partiel, le plus souvent subi par le salarié. Deux chiffres : un Smicard à 35 heures sera payé 6.881 ff. brut, le même mais à 34 heures touchera 5.990 ff brut. Ça fait cher l'heure en moins ! Question à mille francs : quelle formule les patrons choisiront-ils pour vous ?

En plus, tout ça s'accompagne de subventions monumentales pour les patrons : environ deux mois de salaire payés par l'État pour un Smicard ! Au total, 120 milliards de subvention aux patrons sont prévues. Moins ils payent les travailleurs, plus ils touchent de subventions.

Il est fort, le Père Noël, cette année.

Et même s'ils ne s'en rendent pas bien compte, cette affaire concerne d'abord les jeunes. Ce sont toutes les lois sociales dont ont bénéficié leurs parents qui sont remises en cause. No Future disent certains jeunes. Jospin et Aubry risquent de leur donner raison... à moins que les travailleurs et les syndicats mais aussi les jeunes eux-mêmes n'empêchent de naître le monstre que ces deux-là se préparent à enfanter. Loi Aubry, loi pourrie !

Cinquième Zone
11 rue Salvador Allende, 92220 Bagneux


Cinquième Zone est un bulletin qui paraît tous les 15 jours. Il vise à réimplanter les idées socialistes (au sens de la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier, pas du PS, évidemment !) au sein de ce qu'il est convenu d'appeler les jeunes des banlieues, en réalité la jeunesse ouvrière, que les organisations traditionnelles ignorent superbement.


Libertaire


franc-maconnerie anarchisme