Bonaventure
une école libertaire

 

L'école est fermée depuis 2001 !
Ne vous laissez pas avoir !



Bilan éducatif, pédagogique, institutionnel, sociologique, politique... des cinq années de fonctionnement d'une petite république éducative libertaire.

Éditions du Monde Libertaire
Éditions Alternative Libertaire
 

En guise d'introduction

Cinq ans !

Pendant cinq ans Bonaventure a sorti les fourches contre l'école capitaliste (étatique, patronale et privée), son caractère de classe à nulle autre hypocrisie pareille, sa propension ontologique à conjuguer l'inégalité des chances au temps moyenâgeux de l'origine sociale, sa fonction centrale dans la reproduction de la division sociale et son aptitude quasi névrotique à massacrer l'enfance à petits coups d'épingle ou à grands coups de massue.

Pendant cinq ans l'école libertaire Bonaventure s'est lancée dans l'aventure d'une éducation à et par la liberté, l'égalité, l'entraide, l'autogestion et la citoyenneté avec pour tout bagage un cur gros comme ça de révoltes et d'espoirs, et sa seule volonté, taraudée de doutes et de peurs, de mettre ses rêves en actes.

Une petite île perdue au fin fond de la Charente maritime, une population rurale cul terreuse en diable et à cent mille lieues de toute tradition de luttes, un marché de l'alternative inexistant, un nombre de parents et d'enfants susceptibles de tenter l'aventure voisin de zéro, pas de locaux, pas d'argent, pas ou presque pas d'outils pédagogiques, quelques armes rouillées made in grands principes, une demi-douzaine de militant(e)s du groupe Bakounine de la FA blanchi(e)s sous le harnais de la solitude politique, des montagnes d'inexpérience et d'incompétence en matière d'éducation "active", de robustes hostilités mâtinées de peurs et d'envies de la part d'un environnement éducatif et scolaire engoncé dans le costume étriqué des boutiquiers du pseudo réalisme CAMIF-MGEN-MAIF-FEN, le sourire narquois des accrocs du Grand Soir révolutionnaire, le regard inquiet de camarades tellement désireux d'y croire... il y a cinq ans, personne, pas même nous, n'aurait parié un rouble sur la capacité d'un tel projet (une école libertaire brandissant haut et clair le drapeau de la laïcité, de la gratuité, d'un financement social, de la propriété collective, de l'égalité des revenus...) à voir le jour ou à survivre plus de quelques mois!

À l'évidence ce n'était pas le meilleur lieu et 1993 pas la meilleure année pour... !

Comme quoi !

Oh ! Bien sûr, les débuts, les après débuts et même les y'a pas longtemps furent difficiles. Car l'urgence n'a jamais vraiment cessé de nous mordre les mollets. Car il a fallu constamment parer au plus pressé. Ecoper pour ne pas couler. Évacuer de soi-disant accessoires pour préserver de soi-disant essentiels. Faire le pari de... Anticiper sur... Tenir et tenir encore un front où à peine un problème se trouvait en passe d'être résolu que dix autres surgissaient à l'horizon. Payer et repayer cent fois le prix surhumain d'une liberté dont la conquête se douille toujours cash !

Dans ces conditions, qui sont celles de toutes les volontés de faire d'un autre futur un autre présent, il est rare que l'on ait à la fois le beurre et l'argent du beurre.

Bonaventure n'a bien évidement pas échappé à la règle et il eut été étonnant que son parcours, tout de virages à gauche, à droite et au centre, de louvoiements entre les récifs de la réalité et de coups de reins pragmatiques pour s'en échapper, ne soit pas émaillé de quelques tempêtes.

La révolution, celle des choses et de la vie, sera toujours à ce prix et s'il convient de tout faire pour en minimiser le coût, il convient également de savoir que la liberté se paiera toujours au prix fort de la peur, du tâtonnement et de l'effort.

Les moments, fréquents, intenses, immenses, lumineux, inoubliables... de bonheur de ces cinq années d'aventure bonaventurienne n'auront donc pas été sans erreurs, sans insuffisances, sans souffrances... mais...!

Mais, malgré les difficultés, les problèmes, les crises... ou "grâce" à eux, cette aventure de cinq années qui a entamé son an 6 en septembre 1998 (et ce sur des bases inédites puisque les "fondateurs" du projet vont rentrer dans le rang des bonaventuriers "ordinaires" pour cause d'entrée au collège de leur progéniture) aura emmagasiné un capital expérimental de tout premier ordre.

En cinq années, en effet, Bonaventure a élaboré des outils formidables dans le domaine de la construction (autogérée et cogérée) des savoirs, dans celui d'une pédagogie libertaire immergée corps et âme dans "l'évidence" d'une communauté d'apprenants, dans celui d'une éducation libertaire pleinement et entièrement citoyenne...

Elle a forgé un certain nombre de clefs pour entrouvrir les portes d'une fédération de différents espaces d'autogestion, d'un fonctionnement collectif intégrant l'expression d'initiatives individuelles, d'un partage des pouvoirs annihilant tout exercice du pouvoir, d'un état de droit où la loi ne prime jamais sur l'esprit de la loi, d'une autonomie économique et financière relative... Elle a ouvert au bulldozer un certain nombre de chemins muletiers susceptibles de relier et de rallier les innombrables tribus de la révolte qui, claquemurées dans leurs manoirs éducatifs, politiques, syndicaux... respectifs, condamnent la révolution sociale que chacune porte en elle aux travaux forcés de la servitude volontaire. Elle...

Oh ! Bien sûr, ces outils, ces clefs et ces chemins manquent encore de pertinence, nous laissent largement sur notre faim, et sont tout à fait susceptibles d'être améliorés. Mais du moins ont-ils le mérite d'exister.

Bref, mais on l'aura sans aucun doute compris, bien que forte de cinq années d'expérience et donc bardée, comme un Zapata ou un Pancho Villa (on voudra bien nous pardonner d'avoir une petite faiblesse pour Rabelais et un simple respect tout de méfiance pour Robespierre), de cartouches made in un imbécile qui marche va toujours plus loin qu'un non-imbécile assis et de balles dum-dum limées sur l'étau retord de la confrontation au réel, Bonaventure n'est qu'une ébauche, une trace et une étape. Tout le contraire, donc, d'un modèle, d'un exemple, d'une règle ou de tout autre monument aux morts du même acabit !

Paradoxe ou cohérence, l'école libertaire Bonaventure se soucie, en effet, comme de sa première chemise (et elle n'en a pas deux)... de faire école!

Les mauvaises langues diront qu'elle n'en a pas les moyens. Les autres nous ont fait depuis longtemps l'amitié d'un Ni dieu, ni maître... nageur ou d'école dont notre sens du dérisoire comme notre rage de ne jamais mettre un genou en terre de résignation n'ont pas fini de s'honorer.

Reste que cinq ans d'aventure, de tâtonnements, de constructions pierre à pierre d'un édifice de volontés, de coups de génies, d'erreurs, d'insuffisances, de pléthores, d'urgences, de survie, de rêves rabotés jusqu'au cur par les ciseaux acérés du test implacable de la réalité, de pragmatisme... ça n'est pas rien et que ce pas rien vaut au moins le détour d'un arrêt sur les leçons qu'il est toujours possible de tirer de l'expérience.

Cette brochure n'a pas d'autre ambition ! Elle est écrite à livre et à cur ouverts. Elle a été écrite aussi bien pour nous que pour vous. Elle n'a aucune prétention ! Elle n'a aucun compte à régler avec personne !
 

Bonaventure



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